LA MORT DU
RoL
Le Roi prétendant qu'il n'était pas malade, on a eu soin de faire pour lui des éditions spéciales des journaux, où loin de parler de son agonie, on ne parlait que de son rétablissement, de façon que lui seul put ignorer qu'il allait mourir.
Le Deuil. Magazins [52c] fermés, théâtres fermés, banderolles \sic'^ noires. Un deuil, prétexte à fêtes. Tout le peuple boit, les rues sont inondées d'urine. Deuil à jet continu.
Que ferait le peuple de Paris s'il restait oisif huit jours?
La mort du Roi. [F' 256]
J'entends derrière moi Rue de Louvain le Ministre de l'Intérieur, trois jours avant la mort (à propos des prières) :
lyi ŒUVRES POSTHUMES.
«Ce sont des hommages rendus à la Rô-aillauté; mais le Rôa mort, il ne reste plus que le protestant, — et ce sera un grand embarras. »
Explication : Les trois chapelains, luthérien, calviniste et anghcan, tirent [ajouté] chacun <tirent> à soi, le cadavre du Roi.
Ainsi la mort du Roi a un trait de conformité avec toutes les <mots> morts belges.
Toujours le cadavre de Patrocle, toujours M, Wiertz.
Autre question : Sera-t-il enterré à Laeken ou en Angleterre? Ce dernier cas ne serait pas le signe d'un bon patriote.
Mort du Roi. [F' 34.6 «non classé»
iconomie.
l^'£c"" — ''" ^* "°" mentionné
au feuillet 323] Office de pubHcité du Tournaisis.
24 déc. [iSJô^.
[Coupure.]
Correspondance particulière de l'Economie.
Bruxelles, 20 décembre 1863.
// circule, dans la presse catholique surtout, sur les derniers moments du Roi, des récits si contradictoires , des versions si diverses, qu'il faut bien que je vous donne à ce sujet quelques détails que j'ai puisés aux meilleures sources et dont je puis vous garantir la complète authenticité.
Le dimanche matin, alors qu'il fut bien évident que le roi n'avait plus que quelques instants à vivre, on lui demanda s'il voulait voir ses enfants.
Léopold qui, dans les derniers jours de sa vie, n'a plus parlé qu'allemand, répondit vivement : «Non, non, non.» (En allemand, bien entendu,)
// demanda, quelques instants après, à quel âge était mort lord Palmerston? — 8§ ans, lui fut-il répondu. — Et M. Dupin ? — 8^ ans. — Bon, répondit le roi avec une satisfaction trèsvisible.
La consigne avait été donnée , par le roi lui-même, de ne laisser pénétrer personne auprès de lui. — Vers 9 heures, M"" la duchesse de Brabant résolut de forcer la consigne et la força en effet. Elle alla droit à l'auguste moribond et lui dit avec émotion : «Sire, on vous trompe, vous n'avez plus que peu de temps à vivre : vos enfants veulent vous dire adieu. Ne voulez-vous pas les voir ? »
Le roi secoua péniblement la tête ; «Cela ne presse pas, dit-il (toujours en allemand); allez-vous-en, mon enfant.»
Mais M"" la duchesse ne se tint pas pour battue ; elle insista et alla cbercbtr le duc de Brabant et ses enfants qui attendaient dans un salon voisin. Elle fit agenouiller le duc près du lit, prit l'une des mains du roi, et la plaça sur la tête de l'héritier du trône.
Les enfants de M"" la duchesse ne restèrent qu'un instant dans l'appartement du malade : ils s'approchèrent du lit : « Bonjour, grand-papa» dirent-ils, puis : «Adieu, grand-papa! » et ils furent emmenés.
Le duc de Brabant était resté agenouillé auprès de son père : il pleurait. — C'est alors que Af"' la duchesse de Brabant , qui avait pris un crucifix, le plaça devant le roi et lui demanda solennellement : « Sire, devant cette image du Christ, dites-nous, vous repentezvous des fautes ou des péchés que vous pouvez avoir commis ? »
Le roi répondit alors, avec un ton impatienté ;
« — Oui, ma très-chère, oui. »
Puis, épuisé sans doute par l'émotion que lui causait cette scène, le vieux roi fmna les yeux. Ce fut alors que M"" la duchesse de Brabant lui posa le crucifix sur les lèvres. Le roi venait de perdre connaissance; il ne la recouvra plus. L'agonie commença immédiatement. Et ce fut alors seulement que ion fit entrer M. Becker, chapelain du roi, qui attendait à la porte.
Jusqu'au moment où il expira, le roi ne rouvrit plus les yeux, ne ft plus un geste , ne remua plus les lèvres.
Voilà la vérité vraie sur la mort du Roi. Je vous l'expose siinplement, sincèrement , sans commentaires , en m'abstenant de traduire des intentions, de supposer des sentiments, de tirer des inductions commodes, hasardées ou inconvenantes.
176 (EUYRES POSTHUMES.
A propos du Roi. [F' 257]
Les trois chapelains.
Les Belges transforment tout en fête, même la mort du Roi.
Les estaminets sont pleins.
Le peuple reste huit jours sans rien faire.
Qu'arriverait-il chez nous si le peuple restait huit jours oisif?
II ferait le mal, <au moins> avec ardeur.
Et quelle jouissance à tirer des coups de canon pendant huit jours !
Les Belges se croient alors de vrais artilleurs. L'avarice du Roi.
100 millions d'héritage. Résultat de la plus assidue avarice.
Son traitement comme époux de la princesse Charlotte, — payé jusqu'à sa mort.
Ses économies sur l'entretien des châteaux (Courbet).
Sa conduite vis-à-vis de Madame Meyer et de M. Meyer.
à propos [f' 258]
de la mort du Roi.
Manière dont s'exprime le deuil Belge. — Ivrognerie, pisseries, vomissements. —
Foule de badauds silencieux. — Tous le nez en l'air.
Le nouveau Roi est intronisé sur l'air du Roi barbu qui s'avance. Personne n'en est étonné.
Le mot de Neyt sur la mort de Léopold I : Quelle chance pour les cabarets !
Un portrait de LéopoM I. Les <ioo> cent millions. L'orgueil du principicule allemand. <Les> Madame Meyer. Vapereau et Considérant.
Entrée du [F' 345 «non classé»
NOUVEAU Roi. '^ "«" mentionné
au leuiliet 323 J La Publicité belge, 24 décembre [iSJô^,
[Coupure.]
Quand le roi Léopold H a fait son entrée solennelle dans sa capitale, le chaleureux enthousiasme qu'oiit témoigné les Belges a été partagé par les étrangers. Ceux qui voyaient le jeune monarque pour la première fois, se sentaient gagnés aussitôt par sa bonne mine et son air affable. Léopold II est, en effet, un beau cavalier; ses traits vigoureusement accentués , ses fortes, mais soyeuses moustaches, ses longs favoris à l'américaine , donnent à sa physionomie un caractère mâle et doux à la fois.
Depuis plusieurs jours plongée dans le deuil, la population , quand il lui a été permis de renaître à la joie, a passé subitement d'un extrême à l'autre. C'était à qui trouverait le moyen le plus ingénieux d'exprimer sa gaieté patriotique.
Aussi le chef dts musiciens qui précédaient le cortège royal, se disant que les marches funèbres des jours précédents avaient suffisamment assombri les esprits, et qu'il convenait maintenant de faire entendre les accents de la plus folle allégresse, inscrivit-il le nom d'Offenbacb dans le programme de la fête.
Quand Léopold II , entouré des grands dignitaires, se dirigea vas le palais où l'attendait la couronne, la musique militaire se mit à jouer l'air fameux de la Belle Hélène :
Le roi barbu qui s'avance, Bu qui s'avance.
Bu qui s'avance. . .
Nous garantissons l'authenticité de l'anecdote.
Le lendemain, un des ministres en parlait au journaliste de qui nous tenons le fait. «Il est heureux, lui disait-il, que cela se soit passé dans un pays aussi bon enfant que la Belgique; si pareille chose arrivait chez un de nos voisins , le roi serait ridicule pendant un mois. »