LISTE FACTICE DE TITRES
Dans les Œuvres posthumes de 1 887, présentant le chapitre qui va nous occuper, Eugène Crépet écrivait :
Nous ne possédons qu'une vingtaine de feuilles volantes qui se rattachent aux conceptions des romans et des nouvelles que Baudelaire porta vinu^t ans dans sa tête, sans en confier presque rien au papier. Pour éviter de fastidieuses répétitions, nous avons réuni en deux listes tous les titres épars des œuvres projetées et nous y avons joint les ébauches des données premières qui les accompagnent ou que nous avons pu recueillir çà et là dans d'autres manuscrits.
Evidemment Eug. Crépet était sincère en ses assertions. Mais il avait oublié de tenir compte, dans son récolement, de plusieurs feuillets qui, après sa mort, furent retrouvés en copie dans ses papiers ; l'un deux portait même, de sa main, la mention : «Liste omise» O. De plus il avait négligé les variantes des titres, ainsi que quelques passages obscurs. Le lecteur d'alors, il convient de s'en souvenir, ne se montrait pas, autant que celui d'aujourd'hui, curieux des moindres écrits de Baudelaire, et il convenait de ne pas le rebuter par des détails qui auraient pu lui paraître superflus.
Les secondes Œuvres posthumes ( Mercure de France, 1908) réparèrent dans une large mesure, et quant aux titres et quant aux textes dont nous parlerons plus loin (p. 2-j.o), les omissions de la première, l es deux listes d'Eugène Crépet furent fondues en une seule établie dans l'ordre alphabétique, et celle-ci se grossit de seize éléments nouveaux, dont :
Dix cueillis dans les feuillets retrouvés en copie qui ont été mentionnés ci-dessus , savoir :
Un Affamé. — Le Catéchisme de la femme a'mée, — Le Déserteur (en 1887, Le — incorrigible). — L' Entreteneur . — L'Holocauste
''' Au catalogue d'une vente CKaravay qui eut lieu le 29 avril 190.^, on pouvait lire :
10. Baudelaire (Charles), le célèbre poète auteur des FUurs du Mal, né en 1821, mort en 1865 [îic].
Notes autoer. 3 p. 1/2 in-8 ou in-.j..
Pièces inédites. Notes sur des projets de romans ou de nouvelles. Elles offrent d'importantes variantes avec celles publiées par M. E. Crépet dans ses Œui'tes postbumet de Charles Baudelaire. On a )oint quelques pièces autograplies eatre autres celle-ci : «Qu'importe de souffrir beaucoup quand on a beaucoup joui?»
Ces notes autographes, c'étaient précisément les feuillets omis ou incomplètement exploités par Eug. Crépet en 1887 et qui ne devaient être publiés dans leur intégralité qu'en 1908, — celles que nous avons reproduites ici dans nos pages 5-8 et sous nos numéros II-VI. Les originaux en sont aujourd'hui à Toulouse, aux mains des héritiers du regretté Jules Marsan, à la serviabilité desquels nous devons d'avoir pu les collationner à nouveau par l'obligeante entremise de M. André Ferran , le Baudelairien bien connu
(en 1887, L' — involontaire). — Le mari compteur. — Pile ou
face, — Une Rancune (en 1887, Une — satisfaite). — Le Rêve
prophète (^en 1887, Le — avertisseur). — Spéculation sur la poste.
Et six tirés du Carnet dont une édition fragmentaire ne devait
paraître que trois ans plus tard chez J. Chevrel (voyez notre tome II,
p. 178), mais que M. Albert Ancelle, possesseur de ce précieux
document, avait déjà communiqué à Féli Gautier, — les suivants :
La Baignoire. — Le Bain et la toilette, — Le Déshabillage. — La Femme malhonnête, — La Répartie heureuse. — Le Visage ingénu.
La liste que nous apportons aujourd'hui est, en somme, celle de 1908, mais purgée de deux grosses Fautes de lecture : Le mari compteur pour Le mari corrupteur et Le triomphe de Jeane- Boni face pour Le triomphe du jeune Bonijace, — mais simplifiée par la réunion des titres formant double emploi (on a placé les variantes entre crochets), et enfin grossie à son tour d'éléments nouveaux, tirés soit de manuscrits qui n'avaient pas encore vu le jour en 1908, soit de «sources» imprimées trop longtemps négligées.
Voici le décompte de ces éléments-là dont le total s'élève à vingttrois :
Deux fournis par la correspondance de notre auteur : L'Homme aux Ruvsdaels et La Vie militaire (Scènes de) ;
Quatre cueillis dans un leuillet détaché naguère reproduit dans nos Miettes baudelalriennes (^Mercure de France, 15-11- 1936), feuillet qui, intéressant la biographie plus que l'œuvre, n'a point trouvé sa place ici : Les Femmes nues. — Les Glaces. — Une maîtresse au bordel. — Le Regard voilé ;
Cinq provenant d'une feuille volante intitulée : Plans, Projets, dont le texte, qui se trouvait encore médit en grande partie, a été récemment révélé par M. Georges Blin et par lui commenté avec une rare puissance analytique (vovez p. 247), savoir : L'Amoureux de la vieille. — • Conspiration. — Le Déserteur, ou militaire et comédien. ■ — Interdit pour croire aux fantômes. — Le Suicide dans une baignoire ;
Trois tirés du Baudelaire des Cahiers Jacques Doucet (I, p. 50) : L'homme au scorpion. — Le Paradoxe de l'aumône, — Supplice par la prestidigitation ;
Un : Le Cordonnier (ou La Cordonnerie) pour dames, annoncé dans le Moniteur de la Cordonnerie ;
Et huit rencontrés dans l'édition complète du Carnet (La Sirène, s. d. [1920]) : Câlina Arbel. — La Dégringolade. — Madame Guichardet, — Le Mensonge. — La Mulâtresse, — L'Œil voilé. — La Rencontre, — Véritable service dans des formes exceptionnelles.
Mais nous devons tout de suite signaler que des réserves sérieuses s'imposent pour nombre de ces titres. Baudelaire lui-même ne semble
pas avoir été tou)ours fixé sur leur emploi. C'est ainsi que cinq d'entre eux : Le Boa, Le Père qui attend, Le Pre'tendant malgache, Une Rancune satisfaite, Une Saute de vent, donnés par Eug. Crépet au chapitre qui nous occupe, se retrouvent dans les listes de Poèmes enmose en projet que nous avons reproduites à la fin de notre tome II, où seuls le premier et le troisième sont suivis de la précision : nouvelle. De même, après le canevas de Pile ou face , apport de 1908, on lit : «Peut-être une comédie». Finalement quelle aurait été la destination de ces titres-là? Le cas de ceux qui ont été tirés du Carnet comme du feuillet publié au Mercure de France et dont aucun ne reparaît dans les listes de Romans et Nouvelles, ne reste pas moins douteux, de si près qu'on l'examine. Câlina Arbel , Madame Guicbardet , «Le Mensonge», «L'Œil voilé», «La Répartie heureuse». Le Visage ingénu , ' I I • ' • I I .0.0,'
assurément tout cela, souligne en noir dans le manuscrit original,
sonne bien comme des titres. Mais plusieurs fois revient dans le Carnet une Céline ou Cœlina qui joua selon toute apparence un petit rôle dans les distractions amoureuses de notre auteur. Mais il y a eu un Guichardet, ami de Stendlial, de Balzac, des deux Musset, de Roger de Beauvoir, etc. , auquel Monselet n'avait pas consacré moins de quatre pages dans sa Lorgnette littéraire, et qui était mort en décembre 1861 , c'est-à-dire à l'époque où Baudelaire tenait son Carnet, de sorte qu'on peut se demander si la mention de Madame Guichardet ne correspondait pas simplement à quelque obligation à remphr envers la mère ou la veuve du défunt. Mais «Le Mensonge», «L'Œil voilé», «La Répartie heureuse». Le Visage ingénu, qui ont été cueillis dans le voisinage de «Bonnes adresses», comme «La Mulâtresse» et La femme malhonnête , pourquoi y trouver des titres plutôt que des souvenirs intimes consignés à des fins toutes personnelles ? Et pour d'autres éléments encore tels que «Le Bain et la Toilette» ou «Le Déshabillage», etc., n'est-il pas évident qu'ils avaient pu être notés en vue du Peintre de la Vie moderne ou de cet essai plus vaste consacré aux Peintres de mœurs qui occupa Baudelaire si longtemps et dont quelques bribes seulement nous sont parvenues ?
La conclusion de ces remarques, c'est que, si la liste que nous apportons aujourd'hui devait être dressée parce qu'elle constitue, sauf erreur ou omission, un répertoire complet de tous les titres ou pseudo-titres de Romans et Nouvelles épars dans les «Posthumes», il conviendra de ne l'utiliser du moins, qu'avec prudence, et d'en contrôler l'énoncé en se reportant aux Eclaircissements ci-après, où l'on trouvera pour chaque élément sa ou ses sources , les rapprochements qu'il suggère et les conjectures qu'il paraît autoriser.
Afin d'en faciliter la consultation , nous y avons adopté deux caractères distincts : les petites capitales droites pour les titres certains et les petites capitales penchées pour les autres.