CHAPITRE U
Pages 87-88 : On est en droit de s'étonner de la maigreur de ce chapitre quand on se souvient que Baudelaire écrivait à Ancelle le 13 novembre 1864. :
J'ai tâché d'utiliser ce dernier mois en entrant plus avant dans certaines questions (par exemple l'instruction publique), et j'ai fait les découvertes les
plus drôles. Napoléon I", Louis-Philippe et surtout le sieur Duruy (qui veut faire de la France une Belgique) régnent encore ici. Si je peux trouver à Paris un éditeur courageux [.■•] je dirai des choses plaisantes. — Les ministres, les députés, les hommes char^^és des affaires les plus graves, ne savent ni le sens des mots, ni l'orthographe, ni la construction logique d'une phrase française ou latine. — Il est vrai qu'en France on n'en sait guères davantage. (CORRESPONDANCE GÉNÉRALE, t. IV, p. 329-330.)
Mais il faut se souvenir aussi que Baudelaire, quelques jours plus tard, reconnaissait l'inutilité de son entreprise :
Vous me parlez de l'instruction publique belge. J'ai fuit des efforts pour comprendre cette organisation, et je n'ai pas pu y réussir. Tout ce que j'ai clairement compris, c'est que les études littéraires étaient détestables, et que les jeunes gens recevaient en général une meilleure instruction scientifique. Pas de latin, pas de philosophie. Beaucoup de sciences physiques. C'est ce que j'appelle la sottise moderne, l'école Duruy. (18 novembre i86<)., ibid., ?■ 332-)
Page 87, I. 22 : Hannon. Josepli-Désiré — (1822-1870), recteur de l'Université libre de Bruxelles en 186.^, y faisait un cours sur les sciences naturelles et l'origine des espèces.
— I. 22-23 : Altemeyer, Jean-Jacques Altmeyer (1804-1877) était
Erofesseur d'histoire et d'antiquités grecques et romaines à la même fniversité dont il fut lui aussi le recteur en 1864.-1865. Dans la Petite Revue du 25 février 1865 on voit Poulet-Malassis le définir «homme d'une érudition vaste et esprit généralisateur», et le citer parmi les personnes que Proudhon, a Bruxelles, a le plus honorées de son affection. Proudhon, en effet, semble avoir eu autant d'amitié que de considération pour Altmeyer auquel il donnait volontiers du « Cher maître » ou du «Cher savant» — jusqu'au jour toutefois où il dut s'apercevoir que la crainte de se voir compromis par ses relations avec lui, remplissait cet ami-Ià d'«une venette affreuse» (Cf Proudhon, Correspondance, t. XII, p. 18^ et 186). — Baudelaire fut-il pour sa part en rapport avec Altmeyer? Nous l'ignorons. Ce qui semble évident, c'est qu'il ne pouvait sympathiser avec «la vieille chouette» qui combattait les ultramontains et voyait en Voltaire «le roi des penseurs de son siècle».
Page 88, I. 7 : Le sieur Duruy veut faire de la France une Belgique, Baudelaire aurait aussi bien pu écrire que la Belgique prenait exemple sur la France, car dans ces deux pays l'instruction gratuite et obligatoire était pareillement à l'ordre du jour. — Cf. CORRESPON- DANCE GÉNÉRALE, t. IV, p. 329.
— I. 13-14 : Haine de la Belgique [...] contre Labruyère, Nous n'en avons retrouvé aucun témoignage non pius que M. Gustave Charlier. Aussi bien ce trait doit-il être rapproché a une note qui accompagnait dans la quatrième version de La Solitude (voir PETITS PoËAîES
EN PROSE p. 76 et 304,) la mention du nom de La Bruyère : «Auteur français très-méprisé en Belgique». Si les Belges haïssent La Bruyère, c'est au fond parce qu'ils détestent la solitude en laquelle le moraliste a vu l'une des conditions de notre dignité, faisant honte «à tous ceux qui courent s'oublier dans la foule».