CHAPITRE
Page 95, I- 8-9 : ... chansonniers, singes dégoûtants des polissonneries de Béranger. L'allusion semble avoir visé notamment Félix Bovie, dont Baudelaire avait sûrement rencontré quelques chansons, telles que Les Femmes de la Bible et Le Cœur et la bagatelle, dans le Parnasse satyrique du XlX' siècle, et dont Félicien Rops avait fait le portrait dans sa galerie d'Uyienspiegel.
— I. 9-10 : Un romancier, imitateur des copistes des singes de Champ- Jleury. II s'agissait bipn probablement, selon M. Gustave Cliarlier (Passages, p. 174), d'Emile Leclercq. Voir dans cet intéressant ouvrage [ibid. et p. 162-163) le témoignage de celui-ci sur Baudelaire qu'il avait rencontré presque chaque soir, pendant tout un hiver, au Cercle Artistique et Littéraire.
Page 96, 1. 6 : Patriotisme littéraire. Voyez le feuillet 164. (p. loi- 102).
— I. 21 : Les pudeurs de l'Espiègle, relativement aux filles. Voyez nos Eclaircissements sur le feuillet 11 1 (p. 312).
— \. 2J^ : ... le procès de M. Keym. Poursuivi pour exposition d'images «contraires aux bonnes mœurs et tendantes à avilir la religion», — on y voyait des ministres du culte s'abandonnant à l'intempérance et à la sensualité, — Ed. Keym, éditeur et marchand d'estampes aux Galeries Saint-Hubert, avait été finalement, après condamnation et appel, blanchi par la Cour de Cassation, et cette affaire avait eu un grand retentissement parce que d'une part elle intéressait le principe de la libre expression des idées, et d'autre part mettait en cause la vahdité d'arrêtés pris au temps de la domination hollandaise. On en trouvera un copieux compte rendu dans la Bel-
gi^ue judiciaire, t. XXI, n° 98, 6 décembre 1863. (Note obligeamment fournie par M. Alb. Kies.)
— I. 28 : . . . l'infâme Siècle... — On sait quelle horreur mspirait à Baudelaire le journal de Havin, Plée, Jourdan, etc., où il recueillait les éléments d'un sottisier.
Page 97, I. 3-^ : Le journal la Paix ... — Organe clérical qui avait
f)Our directeur J. B. Coomans. — ... au nouveau journal le Cathoique. — Feuille fondée en août-septembre 1865 par Paul de Gerlache et à laquelle Louis et Eugène Veuillot devaient collaborer, raison qui justifie l'intérêt de Baudelaire.
Page 98, !. 3-^ : ... les consolations de la famille. On sait que Proudhon avait deux filles, et qu'à ses derniers moments, après avoir refusé l'assistance d'un prêtre, il dit à sa temme : «C'est à toi que je demande mon absolution».
— 1. 5-6 : Tact remar(juable des écrivains français correspondants de /'Indépendance. — La mention de «l'unité italienne» paraissait être, en effet, malheureuse, car c'est précisément, on l'a vu, à la suite d'un article intitulé : Garibaldi et l'unité' italienne , article où les Belges avaient trouvé une menace contre leur indépendance , que Proudhon avait dû s'enfuir de Belgique. — Les plus fameux correspondants français de l'Indépendance étaient alors Henri de Pêne, Edmond Lemoine, Louis Ulbach, qui composaient la trinité Mané, Thécel, Phares, puis encore Jules Janin (Eraste) et Paul Foucher qui gardait d'ordinaire l'anonymat.
— I. 7-8 : Peut-être l'article est-il d'un vaudevilliste qui se jait à luimême une re'clame. Les auteurs de La Propriété, c'est le vol, «fantaisie sociahste» en trois actes et sept tableaux représentée au Théâtre du Vaudeville en novembre 184.0, étaient Clairville et J. Cordier. Ce dernier étant mort trois ans avant Proudhon, c'est donc Clairville que visait le soupçon de Baudelaire. Mais Clairville collaborait-il à l'Indépendance belge? Nous n'avons pas souvenir d'avoir rencontré sa signature dans la collection de ce journal que nous avons dépouillée attentivement pour les deux années que notre auteur séjourna en Belgique.
On lit dans la Petite Revue du 25 février 1865, sous la signature E. R. (pseudonyme de Poulet-Malassis) :
Le lendemain de ses obsèques, les correspondants des journaux français à l'étranger parlaient de lui à faire pitié.
L'un d'eux, celui du seul journal international qui existe en Belgique, le correspondant qui, suivant l'expression de M. Wocstyn , «a embouché la flûte à l'oignon», ne trouvait rien à dire de Proudhon, sinon «qu'il avait été parfaitement parodié par Lassagne dans un vaudeville de Clairville. » J'ai eardé le numéro.
— 1. 9-10 : Comme Catilina, ce qui a tant étonné M. Mérimée. Voyez notre tome I, p. 223, où se retrouve cette réflexion. — L'allusion a trait au commentaire d'une lettre de Catihna au sénateur Catulus, commentaire où l'on voit Mérimée s'étonner qu'on puisse «retrouver dans une âme si farouche quelques sentiments humains». {Etudes sur l'histoire romaine, éd. de 1853, p. 327-328.)
— 1. 12 : Histoire touchante. Le 18 décembre 1864, à propos de «l'infâme Lacroix» alors associé à Verboeckhoven , et qui venait de lui refuser ses œuvres, Baudelaire écrivait à Ancelle :
II m'est tombé entre les mains un document qui me permettrait^ de me venger cruellement de cet imbécile. J'aurai peut-être la férocité de m'en servir. {Correspondance générale, t. IV, p. 335.)
Puisque c'est chez Lacroix- Verboeckhoven qu'avaient paru Les Misérables, on ne peut guère douter que cette coupure ne fût le document en question.
Page 99, I. 3 : le Grand duc héritier de Russie. Il s'agissait de Nicolas-Alexandrovitch, mort le 24, avril 1865.
I. 14-16 : Rapprochement [...] avec les correspondances amoureuses.. .
Quelques échantillons de ces correspondances ont été reproduits par la Petite Revue du 5 août 186^, à laquelle il n'est pas interdit de présumer que c'étaient Baudelaire ou Poulet-Malassis cjui les avaient communiqués. La teneur en est bien innocente auprès de certaines annonces que nous avons pu lire dans nos propres feuilles. Exemple :
M M. J'ai b. souf. dep. net. sép., surtout a. t. avais l'air si abattu. J. s. Leur. q. t. t. port. bien. Je ne f. p. d'excès, lam. seul me mine. A bient. pas un samedi. — F.
ou encore :
T. A. Reç. t. let., je te crois, car je le désire trop. Je ne conn. même pas la pers. ce bruit est une nouv. inF. du C, je t'a. pi. q. ja. bient. je ser. pr. d. t. et p. touj. m. b.
Le citateur de la Petite Revue ne semblait pas d'ailleurs très off'usqué. II ajoutait simplement :
Il y a dans Commerson , Pensées d'un Emballeur, une réflexion qui nous
revient en mémoire : • i. • i •
«Mon propr;étalre dit qu'il n'aime pas les célibataires. J en ai beaucoup ri
avec la femme de mon propriétaire. » i i j i '
Nous pensons, d'une façon non moins satanique, que les dames adultères
de la Belgique (si tant est qu'il v en ait) doivent bien rire, avec leurs maris,
des correspondances de l'Once de publicité.
— I. 20 : Un chapeau neuf. Peut-être convient-il tout simplement de retrouver ici un trait de mœurs déjà noté au feuillet 104 (p. 73); mais on peut croire aussi à l'intention de retoucher l'exorde du chapitre sur Bruxelles, le mot chapeau — nous ne croyons pas mutile de
le mentionner parce que beaucoup de dictionnaires ne l'indiquent pas — signifiant tête d'article dans l'argot journalistique.
— 1. 27 : ... au Ciel, Le C est souligné trois fois (comme le montant du don votif). On sait combien Baudelaire répugnait à mêler la Religion à l'amour profane.
Page 100, I. 13-14- : Un représentant [...] prcDotr [...] le moment ou il formera à lui seul la majorité du ministère, i^e 23 mai 1864, le Ministère avait eu tout juste une voix de majorité, ce qui allait amener la dissolution de la Chambre. Cf. la CORRESPONDANCE GÉNÉRALE, t. IV, p. 279 et 289.
— 1. 22 : Defré. Voyez les notes sur les feuillets 12 et 195 (respectivement p. 298 et 336).
— 1. 24-25 : a Je veux que le fondement m'escape , . . » Expression qu'on trouve plusieurs fois cnez Rabelais. Voir notamment Gargantua, au début du chapitre iv.
— 1. 29 : M. Victor Jolv... Voyez nos notes, p. 305.
— I. 29-30 : , , . les épîtres à deux temps de Victor Hugo, Le premier pour le destinataire, le second pour le signataire.
Page loi, 1. 5 : Un Belge s'avance,.. Nous retrouverons le souvenir de La Belle Hélène, p. 168.
— L 12 : ... Corot, Delacroix et Diaz. Le journaliste visait des envois de ces artistes à l'Exposition de la Place du Trône, dont il sera question à nouveau au feuillet 266 (p. 182), exposition où ils étaient représentés, Corot par un Paysage et Un Moine, Delacroix par une Chasse aux lions appartenant à M. Prosper Crabbe, peut-être a identifier avec la Chasse au tigre décrite dans le Catalogue de sa collection (t. Il, p. 49), et Diaz par un Paysage,
— \. 22 : ... le tableau de Courbet. II s'agit de cette merveilleuse toile, inspirée de Femmes damnées (Delphine et Hippolyte), et connue généralement sous l'appellation : Le Réveil ou Les deux Amies (Ch. Léger, Courbet, 1929, p. 102), que le pudique Chennevières , à cause de l'audace du sujet, avait écarté du Salon de Pans en 1864, et qui longtemps orna le cabinet secret de la galerie Bernheim. A l'Exposition internationale de Bruxelles, elle figurait sous le titre bizarrement infidèle de : Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie. Voyez là-dessus Passages, de M. Gustave Charlier, p. 164..
Page 1 01-102, f 164. — La présence de ce texte se justifie sans doute ici, mais peut-être eût-il été davantage à sa place dans le voisinage du feuillet 62 (p. 4.7) où l'on rencontre des réflexions du même ordre. Il faut ajouter que Baudelaire, en relevant l'excès
du patriotisme belge, ne faisait qu'imiter Gustave Frédérix qui, dans son feuilleton de l'Indépendance belge (12 juin 1865), après avoir reproduit l'avis de la Direction du Théâtre national du Cirque, concluait : « Hélas ! je crains bien que le jeune auteur belge n'ait une trop bonne opinion de ses compatriotes ... ». On pourrait aussi objecter à notre auteur que le chauvinisme en matière artistique n'appartient pas en propre à la Belgique. Remy de Gourmont, dans ses Promenades littéraires (deuxième série, p. 10^-107), rappelle qu'il sévit aussi en France à diverses époques, et que Mérimée comme Stendhal eurent à le déplorer. Pour garder ici la juste mesure, il faut se souvenir que l'annexion dont la nation belge, à tort ou à raison, se sentait menacée par l'Empire, était de nature à exaspérer son patriotisme.
Page 102, f 3.^7. — Nous avons placé ce feuillet où on le voit parce qu'il a trait aux journalistes belges et à leur attitude à l'égard de leurs confrères français. — D'Hormoys. Voir à son sujet la COR- RESPONDANCE GÉNÉRALE, t. III, p. 204.