‹ Kabyles et KroumirsChapitre 10 sur 159 · LE GUET-APENS · texte numérisé non relu

LE GUET-APENS

rant l'importance que les Kabyles attachent à cette vieille coutume de l’anaya, irrité d’ailleurs des attaques incessantes dont la garnison. est l’objet, renvoie avec dureté le messager de Mohamed. La paix, dès lors, n’est plus possible. Les Kabyles demandent satisfaction du meurtre du marabout, du mépris del’anaya;et Amzian, qui veut se faire pardonner ses relations avec les chrétiens, jure de venger la mort de son ami. Pour suivre son dessein, il cache sa haine sous des semblants de courtoisie et prépare un guet-apens dans lequel M. de Mussis, désireux de la paix, va tomber infailliblement. En effet, une entrevue est demandée par Amzian, qui, arrêté au bord de la Summam, entouré de quelques cavaliers seulement, semble attendre la réponse. M. de Mussis, malade, hésite à descendre dans la plaine. Le cavalier qui a apportéle message lui souffle perfidement que les Fénaias et les Mézaias, deux tribus puissantes, oht retiré le mezrag des mains d’Amzian ', et que la guerre déclarée avec le cheikh Mohamed doit le rassurer sur ses dispositions. Enfin, M. de Mussis, qu’une fatalité étrange semble entraîner à sa perte, écrit à Amzian : « Si tu veux faire la paix avec moi, viens ce soir, à six heures, à la Maison-Crénelée, nous parlerons de

1. Le mezrag est un gage que les tribus s’envoient pour assurer la paix, et qu’elles retirent lorsque la guerre est dé:larée entre elles. Ordinairement c'est un burnous ou une lance. Ne serait-ce pas un souvenir de cette coutume romaine qui consistait à envoyer un héraut lancer, en signe de déclaration de guerre, un javelot sur le territoire ennemi ?

nos affaires et tout s’arrangera à l’amiable: mais il faut de la franchise et point de détours. »

Le cavalier part, porteur de cette lettre, et Amzian, qui tient enfin sa vengeance, envoie prévenir les chefs des Fénaias quile gourmandaient de soninaction, que la journée ne s'écoulera pas que le meurtre d’Abd-er-Rhaman, son ami, ne soit puni. Ceux-ci se hâtent dese rendre auprès de lui.

Le soir vénu, M. de Mussis descend à la Maison- Crénelée, accompagné du kaïd Médani, de l'interprète Taponi, de l’Arabe Bel-Kassem et du sous-intendant militaire Fournier, qui veut traiter avec notre futur allié de l’approvisionnement de la ville. Amzian n’est pas au rendez-vous et refuse d'avancer jusqu’à la Maison- Crénelée. De nouveaux pourparlers ont lieu entre les cavaliers de l'escorte d’Amzian ct les kodjas ! du commandant. Le kaïd Médani se porte en avant et reconnaît parmi les cavaliers avec lesquels il parlemente des chefs de la tribu des Fénaias. Il rejoint M. de Mussis et lui conseille de ne pas avancer : « Il y a des figures inconnues et qui ne présagent rien de bon.» De son côté, Amzian répond à l'interprète Taponi qu'il craint une embuscade, qu'il voit luire des baïonnettes dans les broussailles, et il réclame le choix d’un nouvel emplacement pour l’entrevue.

On s'accorde enfin : le lieu de la réunion est fixé au bord de la mer, près de la tour du rivage. Le comman:

Page 1