ASSASSINAT DE DE MUSSIS
dant n’a auprès de lui que Médani, Bel-Kassem, le capitaine Blangini dont la compagnie est placée à quelques cents mètres, et le sous-intendant Fournier. Deux soldats, porteurs des cadeaux destinés à Amzian, sont aussi là, sans armes. Le cheikh s’avance, suivi de quelques cavaliers, laissant en arrière, mais à peu de distance, le reste de la troupe qui l’a accompagné. Il vient à M. de Mussis, et après les salamaleks d'usage, il lui dit que cette entrevue met le comble à ses vœux. Le commandant lui remet un burnous rouge et une pièce d’étoffe. Des pains de sucre et du calicot sont distribués aux cavaliers d’'Amzian, restés à l’écart. Le café, préliminaire habituel de toute entrevue, est servi, et la conférence commence, bien que, d'un tacite accord, tout le monde soit resté à cheval. Les protestations d’amitié, les poignées de mains sont prodiguées. Cependant les cavaliers d'Amzian se rapprochent et manœuvrent de manière à séparer M. de Mussis de son escorte. Parmi eux, un jeune homme, à figure grave, porteur d’un tromblon, sourit au commandant qui s'approche de lui et lui donne cinq francs. À ce moment, de Mussis s’aperçcoit qu'il est isolé des siens, et ses regards inquiets dénotent sa préoccupation. Amzian le remarque et, craignant que la conférence ne se rompe, il fait un signal. Le jeune homme se penche sur l’arçcon de sa selle, arme son tromblon et, l’appuyant dans les reins du commandant, il presse la détenteet fait feu. M. de Mussis tombe en avant, et trois coups de fusil, tirés à bout portant; le
renversent de son cheval, la colonne vertébrale brisée ; la mort a dù être instantanée, et 1l n’a ni la force ni le temps d'appeler à son secours. L’interprète Taponi se précipite en avant, et reçoit plusieurs balles mortelles ; le kaïid Médani, qui était descendu de cheval, est blessé deux fois. M. Blangini échappe aux projectiles, mais il est renversé d'un coup de crosse de fusil; cependant il ne perd ni son sang-froid ni son courage ; jeté sous les pieds des chevaux, 1l appelle aux armes les soldats de sa compagnie qui accourent et le sauvent, lui, le kaïd, M. Fournier et les soldats qui ont servi le café, d’une mort certaine. M. Blangini, remis sur pied, disperse ses soldats en tirailleurs et dirige le combat; mais Amzian n’a voulu que se venger par l'assassinat et non combattre loyalement. Il fuit, suivi de ses cavaliers, et quelques coups de canon tirés de la Maison-Crénelée | donnent des ailes à ses chevaux, en accélérant leur fuite. Ils entraînent avec eux les montures du malheureux commandant et de Taponi; et le Icendemain, Amzian, tout glorieux de son exploit de la veille, se promenait dans les tribus sur le cheval de M. de Mussis.
Mais les Kabyles eux-mêmes réprouvèrent ce meurtre qu’ils qualifièrent de félonie, et, dans une tribu, les habitants jetèrent à la face d'Amzian cette grave injure, d’assassin, qui recoit des présents d’une main et donne la mort de l’autre. Le mépris fit justice de la traîtrise de ce misérable, qui disparut du pays. On nesait ce qu’il est devenu.