‹ Kabyles et KroumirsChapitre 102 sur 159 · UNE SOIRÉE A AKBOU · texte numérisé non relu

UNE SOIRÉE A AKBOU

a un étranger chez lui, voit-il accourir tous les désœuvrés, amis ou non, du village, qui flairent un repas gratuit. »

Les Arabes appellent ces parasites des tofailiens, du nom d’un certain Tofail, qui a érigé le parasitisme en principe, je dirai presque en religion du ventre, et a posé la doctrine en quelques règles pratiques fort écoutées et fort suivies.

Voici un de ses apophtegmes :

« Que celui qui se présente à un repas de noces sans être invité, évite de regarder çà et là d’un air incertain. Choisissez la meilleure place; si les convives sont nombreux, passez hardiment sans saluer personne, afin que les gens de la mariée croient que vous êtes des connaissances du mari, et que la famille du mari vous pense ami de la mariée. »

Un poëte arabe a dit de Tofail :

« S'il apercevait deux galettes beurrées dans un « nuage, il prendrait son vol sans hésiter. »

Les citations ne tarissaient pas; un des assistants conta une anecdote peu connue d’un adroit disciple de Tofail.

Un tofailien apprend que, dans une maison, ilyaun grand festin; il accourt, mais la porte est close, il ne peut entrer ; il cherche, il s’informe sile maître du logis n’a pas quelque parent, quelque associé de son com-

merce en voyage; il.est bientôt renseigné. Un des fils de la maison fait, en ce moment même, le grand pèlerinage de la Mecque, que tout bon musulman doit entreprendre au moins une fois dans sa vie. Il se procure une feuille de parchemin, la plie en forme de lettre et la cachète, selon l'usage, avec de l'argile; puis il prend des vêtements sales et poudreux, courbe son échine sur un bâton de voyage, donne à son visage l'expression de la fatigue, et, frappant à la porte, il dit qu’il vient de la part du fils de la maison. A ce nom aimé, on ouvre; l’amphitryon averti se précipite audevant du messager, et lui demande des nouvelles :

« Tu l'as vu, lui dit-il, comment se portait-il quand tu l’as quitté ?

— Sa santé était excellente, en vérité, répond le tofailien d’une voix faible.

— Parle, répond le père, donne-moi des détails; où en était-il de son voyage ?

— Je ne le puis, je n'ai pas la force de parler, tant je souffre de la faim... »

Le maître du logis s’empresse de le conduire à la salle du festin, le fait servir, et le pauvre voyageur se hâte, précipite les bouchées, engloutit tous les mets avec voracité ; 11 mange pendant plus d’une heure, et tous les convives admirent ce brillant appétit. Enfin, il a terminé son repas, ct l’amphitryon de lui dire :

« Mon fils ne t'a-t-il pas donné une lettre pour moi :

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