‹ Kabyles et KroumirsChapitre 108 sur 159 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

LA CHASSE AU SANGLIER — LE FAUCON — LA DIFFA LA FANTASIA — DÉPART D’AKBOU

Le lendemain, dès la première heure du jour, nous étions à cheval. Nous devions courre un sanglier dans les broussailles de la plaine de l’Oued-Sahel, qui avoisine Akbou. Puis Ben-Ali-Cherif nous avait fait espérer, pour l’après-midi, si le temps était propice et si le forcement du sanglier ne nous entraînait pas trop loin, de nous faire assister à une chasse au faucon. Nous descendîmes dans la plaine, où étaient déjà réunis tous les invités arrivés la veille au bordj. Si-Ben-Ali- Cherif montait un beau cheval gris, harnaché à la légère d’une selle plus pétite que les selles arabes, sans poitrail, et garnie d’étriers très minces. Nos chevaux étaient aussi munis d’une bride sans montants et sans

œillères, et d’une espèce de panneau recouvert de maroquin. Derrière l’agha marchait son porte-fusil ; puis venaient, conduits en laisse, quelques beaux chiens, et parmi eux quatre lévriers d’une taille et d’une force peu communes, Ces nobles bêtes, de la race slougui, nourris, quand ils sont jeunes, de pâtées de dattes, sont l’objet des soins les plus attentifs de la part de leurs maîtres. Ils vivent dans la maison, suivent le sidi dans ses visites, et ne chassent qu’avec lui. Ils font partie de la famille.

Quelques invités, pour faire honneur à leur hôte, avaient paré leurs chevaux et revêtu leurs plus riches costumes. L’un d’eux surtout, montant une admirable bête dont les veines dessinaient leurs lignes sinueuses sous sa robe noire, l’avait harnachée d’une selle poinçonnée d’or et d’une bride rouge lamée d'argent. La jument, fière de sa parure et du maître qu'elle porte, dresse sa tête intelligente, piaffe, bondit et, en se cabrant, fait sonner contre l’étrier le long fusil cerclé d'argent qui pend à l’arcon. Le cavalier, vêtu d’un haik brodé qui lui serre la taille, de longues bottes de maroquin, est encore enveloppé d’un burnous blanc, orné de houppes de soie. Un immense chapeau de paille rouge avec tresses de cuir complète ce costume, trop riche pour courir les halliers.

Nos vêtements étriqués font triste figure au milieu de ces burnous éclatants, maïs aucun des invités ne songe à le remarquer.

M... et moi avons chacun un yatagan à fourreau

Page 1