‹ Kabyles et KroumirsChapitre 109 sur 159 · EN CHASSE · texte numérisé non relu

EN CHASSE

d'argent, pendu au col par un cordon de soie, et en mains un fusil kabyle dont la crosse aplatie et niellée d’arabesques est surmontée d’une batterie à pierre, avec un rouet pour la mouvoir, comme les arquebuses du moyen âge.

Cette arme lourde et difficile à manier me gênait; je m'en débarrassai en faveur d’un des spahis de la suite, pour être plus libre de mes mouvements.

L’aube présageait une belle et chaude journée; le soleil levant frangeait de pourpre les légers nuages amassés à l'Orient. Nous rejoignîmes les chasseurs, et après les saluts d’usage, qui consistent à étendre la main droite sur la poitrine, chacun prit son rang, et l’on se mit en marche, sur une seule ligne de plus d'un kilomètre.

La chasse à courre des Arabes est silencieuse au départ; là, point de trompe qui sonne le bien-aller, la vue, l’hallali. Des rabatteurs battent les fourrés pour faire sortir le sanglier de sa bauge. Une fois débusqué, les chiens sont découplés, s'élancent sur la piste, et leurs aboiements furieux sont la seule fanfare qui accompagne la bête qui fuit devant eux.

Nous marchions, les chevaux piaffant, animés, impatients. On voyait au loin les têtes des Arabes paraître et disparaître dans le taillis. Tout à coup éclate une clameur formidable. Haou ! haou! crient les rabatteurs; les chiens hurlent en tirant sur la longe, 1ls partent, nous les suivons : la chasse commence.

A cent pas devant nous, les branches craquent et se

brisent. Le fourré s’entr’ouvre, et un sanglier, les soies hérissées, roule, suivi de la meute. Il pique droit devant lui, sans chercher le taillis, dans la lande découverte. Les chiens suivent de près ; la longue ligne des chasseurs se courbe et forme bientôt un immense croissant dont nous sommes le centre. Les fusils partent, les burnous flottent au vent, les chasseurs mêlent leurs cris __ aux aboïiements des chiens; un soleil splendide éclaire cette scène et inonde la plaine de ses rayons. Quel magnifique spectacle! Les fourrés de bruyères, de tamarins, d’arbousiers sont franchis, non sans laisser aux ronces des débris de vêtements. Le sanglier va toujours droit devant lui, et disparaît bientôt dans un petit vallon. Le terrain, qui d’Akbou semblait une plaine unie, n’est qu’une série de mamelons couverts de chaume et de palmiers-nains, qu’il faut gravir et descendre. La chasse se ralentit par suite des obstacles, mais reprend bientôt son allure endiablée. Le sanglier reparaît; trois slouguis le coiffent et restent, malgré ses efforts, pendus à ses oreilles. Il court cependant encore; bientôt il se ralentit, il s'arrête et disparaît sous la meute qui le tient. Nous approchons, mais nous ne voyons qu’un fouillis de peaux bigarrées qui s’agitent sur le sanglier. Il serait dangereux pour les chiens de tirer. Un Arabe descend de cheval et, armé d’un yatagan, va frapper l’animal au défaut de l’épaule. Il tombe en poussant un farouche grognement, et les valets de chiens les fouaillent pour leur faire lâcher prise.

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