‹ Kabyles et KroumirsChapitre 110 sur 159 · LA DIFFA · texte numérisé non relu

LA DIFFA

Le courre avait duré une heure au plus, et nous étions à plus de dix kilomètres du point de départ. Après la curée, le ragot, pendu par les pattes, était emporté par les Arabes; et nous, nous piquions une pointe vers un taillis que nous montrait Si-Saïd, à l'horizon.

Après une course d’un quart d’heure, nous arrivions en face d’une tente circulaire, où nous devions déjeuner. Des feux étaient allumés en plein air, et l’on voyait autour une foule affairée de serviteurs.

Nous entrâmes dans la tente, et, assis à l'arabe sur des nattes, nous commençâmes à manger, après quelques instants de repos. On servit d’abord une espèce de potage, appelé cherba, dont je ne pus deviner la composition, car je ne sentis que les brûlures du piment

rouge dont il était saturé. Quelques cuillerées sufhrent à me mettre la gorge et le palais en feu; mais j'avoue que, la sensation violente une fois passée, mon appétit s’en accrut. Des galettes au beurre furent servies, avec divers mets aux œufs et aux oignons. Puis deux hommes apportèrent, sur un plat de bois, recouvert d’une serviette, un mouton tout entier rôti et encore embroché. Le maître d’hôtel prit la broche et la tira vivement à lui en appliquant, avec son talon nu, un coup sec sur le train de derrière de la bête, puis il la dépeça fort adroitement avec les doigts et avec yn: ‘couteau, déposant autour du plat les morceaux qu'i enlevait. Chacun de nous en mangea à satiété sil était exquis, et cette manière de cuire à la flamme un animal entier est bien supérieure à la cuisson européenne. Le bordeaux, le champagne circulaient, et je remarquai que les Arabes buvaient volontiers du champagne, qu'ils ne considèrent pas comme du vin. Quelques fruits de la saison, du café excellent, des pipes chargées de ce tabac blond et parfumé de l'Orient, terminèrent cette diffa. Un raffinement que je dois noter m'avait frappé; pendant tout le repas, des serviteurs agitaient de grands éventails de plumes d'autruche pour rafraîchir l'air de la tente.

Après une heure de sieste, pendant laquelle on rêva plus qu’on ne causa, je n’oserais même pas affirmer que M... n’ait pas dormi à la barbe de notre hôte, nous

remontâmes à cheval pour suivre les péripéties d’une

chasse au faucon.

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