LA CHASSE AU FAUCON
Les djouad et les marabouts, c’est-à-dire les gens de race noble, seuls chassent au faucon, de même qu’autrefois cette chasse était plaisir royal, permis seulement à quelques seigneurs privilégiés.
L'oiseau de race, thaiïr el horr, qui devait nous donner ce spectacle si nouveau pour nous, était de la grosseur d’un pigeon, la tête petite, le bec fort et court, les pattes jaunes et garnies d'ongles acérés. Il était porté sur l'épaule de l’homme, el biaz, chargé de le soigner et de le nourrir. Puis l’agha, la main couverte d’un gant de peau, le prit sur le poing. Les cavaliers d’escorte, à un signal du maître, se disséminèrent, battant les buissons pour en déloger quelque lièvre tapi sous l'herbe.
Bientôt le galop des chevaux se rapproche, un lièvre est signalé, et le pauvre animal passe à cent mètres de nous, fuyant à toutes jambes. Nous pressons le galop, et, sans s'arrêter, l’agha enlève le capuchon de l'oiseau et le lâche, en lui indiquant du doigt le lièvre qui fuit. Le taucon s’élance d’un vigoureux coup d’aile, pique une pointe droit dans le ciel, à perte de vue, tout en suivant sa proie de son œil perçant; puis il se précipite de haut, s’abat sur lui et le frappe à la tête d’un coup de ses serres fermées ; c'est du moins ce que me dit son gardien, e/ biaz, car j'étais trop loin pour juger du coup de poing de l'oiseau. Nous accourons; le faucon acharné sur le pauvre lièvre lui dévorait les yeux. Le fauconnier saigna la bête, l’ouvrit et en donna quelques morceaux
choisis au faucon; puis il le prit, lui remit son capuchon orné de filigranes d’argent et de houppes de soie, Jui attacha à la patte une entrave, et le rapporta à Si- Ben-Ali-Cherif, qui le plaça sur son épaule, en lui disant de douces paroles, parmi lesquelles revenait souvent le mot: ourze, ourze. Le faucon semblait comprendre, ses yeux jaune d’or étincelaient sous son capuchon et, en signe de contentement, il se dandinait d’une patte sur l’autre, faisant, comme disent les Arabes, sa fantasia.
La chasse était terminée, et nous rentrions à Akbou. Une vingtaine de cavaliers des mieux montés étaient partis en avant, et déjà nous les avions perdus de vue, dans le tourbillon de poussière qu’ils soulevaient, lorsque tout à coup nous les vîmes revenir à fond de train, Les burnous flottent, les armes étincellent au soleil, on dirait un tourbillon qui va nous écraser de sa masse; tout à coup ils s'arrêtent court à quelques pas de nous, déchargent leurs fusils dans les jambes de nos montures, en poussant des hurrah; puis, faisant pivoter sur euxmêmes leurs chevaux rompus à ces exercices, ils repren nent leur course, s’enfuyant comme des oiseaux effarouchés, rechargeant leurs armes en fuyant, pour revenir sur nous avec la même furie et les mêmes cris. Les Arabes faisaient aussi leur fantasia en l'honneur de leur chef et de ses hôtes. Ils firent, suivant leur pittoresque expression, parler la poudre jusqu’au pied de la colline qui conduit à Akbou. Vingt fois ils renouve-