‹ Kabyles et KroumirsChapitre 112 sur 159 · LA FANTASIA · texte numérisé non relu

LA FANTASIA

lèrent cette charge guerrière, faisant tournoyer leurs longs fusils au-dessus de leurs têtes, et animant leurs chevaux par leurs cris, par leurs appels, au milieu desquels on distinguait ces mots: « arroi, fissa, fissa (marche vite, vite). »

Je ne me lassais pas d'admirer l’aisance, la grâce même avec laquelle les Arabes guident leurs chevaux. Assis sur leur haute selle, les genoux à la hauteur du garrot du cheval, les pieds chaussant les larges étriers, ils le font bondir, caracoler, sauter des quatre pieds à la fois, pirouetter sur les jambes de derrière avec une franchise d’allures, une vigueur, une audace que n'auront jamais nos cavaliers et nos chevaux français ou anglais.

L’Arabe et le cheval, unis l’un à l’autre, semblent n'avoir qu’un corps et qu’une volonté, et cela se comprend; dès l’enfance, l’Arabe vit avec les chevaux, il apprend à les élever, à les aimer, et cette affection est un article de foi pour lui; le Prophète n’a-t-il pas dit :

« Les biens de ce monde, jusqu’au jour du jugement, seront pendus aux crins qui sont entre les yeux de nos chevaux. »

Dire à l’Arabe que les richesses, les honneurs dont il est avide tiennent aux crins de son cheval, c’est le lui rendre cher, et Mahomet, qui connaissait les instincts des peuples qui l’entouraient, voulut unir le cheval à l'homme par le lien le plus solidement enraciné au cœur, l'intérêt personnel; c’est avec ces promesses de

gloire, de richesses et de félicités éternelles pour ceux qui succomberaient dans les combats qu'il entraînait, du fond de l’Asie, ces hardis cavaliers à la conquête de Occident.

Nous devions quitter Akbou et le bord) de Ben-Ali- Cherif le lendemain, aux premières heures matinales. Les fatigues de la chasse m'avaientenfévré et, bien ayant . que le jour parût, j'avais ouvert ma fenêtre, regardant l’horizon qui, à l’est, commençait à s'empourprer. Le spectacle était charmant de fraîcheur. Le bord) dominait un vaste plateau entouré de montagnes encore embrumées ; sur le plateau, un douar de quelques tentes était campé, et au devant de l’une d'elles trois hommes se trouvaient dans des attitudes différentes, les regards fixés vers le point d'où le soleil allait émerger. C'était un kaïd, chef du douar, qui récitait la prière du matin, Son fils ét un serviteur écoutaient en silence, et j'entendais la voix du maître prononcer lentement les versets du Koran; puis il se tut, et ses deux acolytes répondirent amen.

Sous le ciel pur, cette voix grave, s’élevant dans le silence, avait quelque chose de grandiose et de solennel.

Page 1