‹ Kabyles et KroumirsChapitre 113 sur 159 · CHELLATA — LA MAISON DE SI-BEN-ALI-CHERIF LA ZAOUIA · texte numérisé non relu

CHELLATA — LA MAISON DE SI-BEN-ALI-CHERIF LA ZAOUIA

Vers huit heures, nous quittions le bord; de Si-Ben- Ali-Cherif, malgré ses instances pour nous garder la Journée entière, qui promettait d’être brûlante. En effet, à peine étions-nous hors des portes, que nous nous sentions la face et les yeux brülés par une bouffée d'air chaud, comme si nous passions devant la bouche d’un four. Nos spahis marchaient tranquillement, avec cette impassible sérénité d'hommes qui sont dans leur élément. Chevaux et mulets s’en allaient tête basse.

Je demandai ce que c'était que cette effluve brülante qui m’enveloppait, et guides, muletier, répondaient en même temps, en montrant le sud : e/ gueubeli ; c'était le vent du désert, dont on ressent bien les atteintes à

Alger, où il porte le nom de sirocco, mais il y arrive affaibli, rafraichi par le passage sur les montagnes.

Je me sentais énervé par cette chaleur étouffante ; une poussière fine, tamisée dans l'air, me desséchait la gorge et me brüûlait les narines. La contrée que nous traversions pour arriver à Chellata me parut, soit effet de la fatigue que j’éprouvais, soit en réalité, en harmonie avec nos souffrances. C'était un site sauvage, morne, grandiose cependant. Nous cheminions sur la crête d’un rocher, et dans la profondeur de la vallée, il me semblait que nulle trace de végétation n’y apparaissait. Le ciel était voilé de teintes cuivrées, et le soleil parvenait à peine à montrer au travers son disque terni. Tout semblait endormi ; pas un oiseau ne faisait entendre un battement d'ailes, pas un insecte son bourdonnement. |

Le muletier, plus habitué que nous à ce sirocco enragé, se laissait bercer par le pas de sa mule, et de temps à autre 1l se réveillait à demi pour lancer, d’une voix éteinte, quelques notes d’un chant monotone.

Devant nous le plateau, dégarni d’arbres, s'étend en montant à perte de vue, embrasé par une lumière sans reflets. Bientôt les crêtes s’élargissent ; nous approchons de Chellata, village blanc, enfoui au milieu des noyers et des frênes, et dominé par un rocher énorme, à flancs escarpés, connu sous le nom de Tisibert.

Ce rocher, couronné d’une muraille naturelle qui le rend presque impraticable, fut cependant, lors de

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