‹ Kabyles et KroumirsChapitre 117 sur 159 · FEMMES ET HOMMES KABYLES · texte numérisé non relu

FEMMES ET HOMMES KABYLES

souvent elles nous offraient à boire avec leurs amphores aux couleurs éclatantes.

La femme kabyle jouit d’une plus grande liberté que la femme arabe. Ainsi elle n’est pas voilée, elle peut sortir, elle se mêle à la société, elle travaille devant sa porte, et elle ne se cache pas à la vue d’un étranger. Mais si elle jouit d’une plus grande liberté, elle n’est considérée, par ces montagnards, que comme un objet dont il est permis de tirer toute l’utilité possible, et que l’on peut vendre quand il ne convient plus. Aussi voit-on souvent, et cela n’a rien de vil ni d'illégal aux yeux des Kabyles, un homme acheter une femme à un prix modique, pour la revendre plus cher s’il en trouve l'occasion.

C'est là un trait de mœurs spécial aux Kabyles; l'Arabe répudie l'épouse qu’il ne veut plus, le kadi prononce le divorce, maïs il ne la vend pas, comme un vil bétail.

On ne peut pas dire non plus que l’Arabe achète sa femme, en payant sa dot, presque toujours minime; il n'entend pas faire une spéculation; c’est une affaire d’amour-propre et non d'intérêt. Une dot en bijoux, en riches vêtements est toujours stipulée, la femme en a la jouissance immédiate et exclusive. C’est une gloire pour le mari de montrer sa jeune épouse, encore voilée, à ses parents, à ses amis, parée comme une châsse et pliant sous le poids des bracelets, des anneaux d'oreilles, des colliers, diadèmes, ferronnières de diamant, etc. La

dot en argent est remise au père, au kadi si l’épousée est orpheline, qui n’en sont que les détenteurs, et qui devront la rendre à la femme, s’il survient une répudiation ou si elle reste veuve; c’est une ressource pour ses vieux jours, que le Koran, dans sa sagesse, lui a réservée, et encore faut-il que le divorce n'ait pas été prononcé contre elle, en suite de griefs articulés et prouvés par le mari.

La femme n’en est pas moins, il faut le reconnaître, dans un état social inférieur chez les musulmans, et cela, je pense, est dû en partie à la faculté que leur accorde la loi de prendre plusieurs femmes légitimes :. Mais quelque infime que soit leur condition, elles n’en inspirent pas moins de folles passions, souvent terminées par quelque drame bien lugubre, par quelque meurtre éclatant.

Il n’est pas rare cependant de voir, chez les Kabyles surtout, les femmes prendre sur les hommes de leurs villages un certain ascendant, soit par leur piété, leurs vertus, leur courage. On cite, dans un village des Illoulen, une vieille femme dont l'intelligence avait été mise à contribution pour régler les différends, les altercations qui s’élevaient entre les femmes du pays. Elle mettait dans ces fonctions une gravité et une équité qui

1. En Algérie, l’usage est de se borner à deux; en Turquie, en Égypte, quatre. Ce qui fit dire à Napoléon : « Mahomed a permis quatre femmes à l'homme et il a bien fait; car le même homme peut avoir ainsi un échantillon des quatre principales races du globe, la blanche, la noire, la rouge, la jaune.

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