‹ Kabyles et KroumirsChapitre 122 sur 159 · MŒURS ET USAGES KABYLES TE · texte numérisé non relu

MŒURS ET USAGES KABYLES TE

‘ + rochers qui les ont vus naître, porteurs d’un pécule qui

leur permettra d'acheter une maison et un fusil. Le Kabyle a une patrie quil aime, qu'il n'oublie jamais dans ses voyages, et cette patrie c’est le village, c’est le sol que ses premiers pas ont foulé, c’est le coin de terre où sont ensevelis ceux qu’il a aimés.

L’Arabe, essentiellement nomade, ne tient pas au sol ; l’émigration ne l’attriste pas, la nostalgie du pays ne l’étreint pas lorsqu'il l’a quitté pour aller dans les villes lointaines. S'il reste parmi les gens de sa tribu, le douar est une ville mobile qu'il suit dans ses migrations. Aussi, lorsque l’invasion le menace, il plie sa tente et la tribu va chercher ailleurs une oasis nouvelle où elle s’établira, jusqu’à ce que l’ennemi de sa liberté le refoule plus loin. C’est là ce qui explique pourquoi, dans les plaines, on ne trouve pas de villages, d’habitations permanentes. Dans ces vastes steppes, que rien ne défend des invasions ennemies, la razzia serait trop facile et la défense souvent impossible.

Dans la montagne, le Kabyle est à l’abri d’une razzia, protégé qu’il est par des ravins, par des chemins souvent impraticables. I] peut s'établir, bâtir des maisons, les grouper en villages, les orner d’une mosquée, à l’abri des violations des roumis, et d’un minaret plus ou moins élégant, suivant la richesse du village. Je dis que la mosquée est d'ordinaire en rapport avec la richesse du pays; cela n’est pas toujours exact. Ainsi le

pauvre petit village de Tifrith-Inet-ou-Malek, tribu du

Ait-Idjer !, qui ne compte que cent fusils, a cependant une mosquée très vaste, avec deux koubbas ou coupoles.

Ce beau temple est dû à la munificence du dernier dey d'Alger, qui vit en rêve le marabout de Tifrith, Si-Ali-Cheheboun, lui ordonnant de lui élever une chapelle, et il exécuta pieusement les ordres du saint musulman.

Cette diversité dans les mœurs et dans les coutumes entre les Arabes et les Kabyles se reproduit dans la physionomie des deux peuples. L’Arabe a les yeux noirs, les cheveux aussi, le teint basané, le visage ovale. Le Kabyle est souvent blond, avec des yeux bleus; sa peau est blanche, le visage est carré; on dirait un enfant du Nord : il y a de la race germanique. L’Arabe est ordinairement souple, maigre, avec des extrémités fines et délicates. Le Kabyle est vigoureux, osseux ; sa musculature est puissante; sa démarche un peu lourde indique la force, l'énergie; son regard n'a rien de servile. On voit qu'il connaît sa force, et il se sent fort parce qu'il est indépendant.

Cependant 1l est poli, surtout envers ses chefs, ses marabouts et ses vieillards, mais à la condition que sa

1. Nos lecteurs ont vu souvent dans le cours de ce livre les mots Leu, Beni, Ouled, Aït, employés pour désigner les tribus. Chacune de ces expressions a un sens distinct. Chez les Arabes, Beni et Ouled indiquent des castes différentes. Beni représente la caste servile, Ouled la caste noble. Les Kabyles appliquent les mots Beni aux villages kabyles, Ouled aux villages marabouts. Ils désignent les autres par le

nom générique de Ait. Ainsi, Ait ou Adrer désigne les gens de la montagne.

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