‹ Kabyles et KroumirsChapitre 128 sur 159 · DÉPART DE CHELLATA — LE COL LE PIC D’AZROU N’HOUR · texte numérisé non relu

DÉPART DE CHELLATA — LE COL LE PIC D’AZROU N’HOUR

Au moment où, montés sur nos bêtes, nous quittions Chellata, l’aube blanchissait à peine de ses clartés le ciel d’un bleu de lapis. Le Djurjura élevait devant nous ses crêtes dénudées, et nous descendions dans la vallée encore enveloppée d’un nuage de vapeurs qui, flottant çà et là, nous en cachait la protondeur. Perdus dans cette brume, nous nous suivons pas à pas; mais bientôt tout se colore, tout s’anime ; les nuages s’évaporent, la vallée semble s'ouvrir, les montagnes se dresser, et les villages aux toits rouges, aux blancs madenehs apparaissent, entourés de leurs ceintures d’arbres verts, au-dessus des pentes hérissées de rochers.

Bientôt nous quittons la tribu des Z/loulen pour en-

trer sur le territoire des Aougellaguen, situé sur les . plus hauts plateaux du Djurjura. Le pays offre un aspect aride, désolé ; la terre grise et nue est parsemée de roches à fleur de terre, rongées de lichens’et de mousses parasites. Les chênes nains, les oliviers sauvages, les lentisques, sont la seule végétation de ces régions élevées; le pays semble abandonné. La main et le travail de l’homme n’apparaissen Ille part; nous trayersons un cimetière kabyle, facile à riconnaître aux petites murailles de pierre entre lesquelles pousse une herbe rare. Il y a un village près de là ; nous le côtoyons : il paraît pauvre ; les maisons sont basses, entassées les unes sur les autres, construites en pierre sèche et revêtues d'un torchis de terre et de mortier. Pas de jardin, pas d’arbres, comme à Chellata. En passant, nous apercevons. l'intérieur de quelques-unes de ces cabanes sans fenêtres, à porte basse, par laquelle pénètre un jour douteux. Des enfants chétifs, demi-nus, des femmes enveloppées de sales haillons qui les couvrent à peine, laissent voir leurs membres amaigris par la misère, la faim peutêtre. Ce spectacle est attristant. Quelques maigres champs d'orge sont disséminés sur le sol pierreux, que lhumus ne recouvre pas, et expliquent la pauvreté des habitants des hauts plateaux ; la terre avare leur refuse ses secours. Quel” contraste avec les montagnes que nous voyons en face de nous!

Nous commençons à descendre un sentier étroit, raviné, semé de pierres énormes, et d’une telle raideur,

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