ABD-EL-KADER CHEZ LES FLISSAS
burnous magnifique, et lui fit l’insigne et rare honneur de faire jouer sa musique pour lui.
L'émir avait aussi écrit aux Flissas, sollicitant leur concours pour la guerre sainte, et leur chef, Ben- Zamoun, était venu. Abd-el-Kader lui donna l’investiture comme agha des Flissas, des Matékas, des Guetchoulas, Beni-Khalfoun, Ouled-el-Aziz et Nezlyouar. Ben-Zamoun avait de l’ascendant sur les Kabyles montagnards. Dès lors l’émir avait un pied dans les montagnes; mais 1] comprenait de quels ménagements avait besoin son autorité naissante, et il se garda bien, en adroit politique, de rien réclamer de tribus dont le chef venait de faire-acte de soumission.
Ce résultat, qui le grandissait aux yeux des Arabes, obtenu, Abd-el-Kader retournait dans la province d'Oran.
Nous ne suivrons pas le khalifa de l’émir dans ses luttes incessantes avec ces populations remuantes, indomptables, cela nous entraînerait trop loin. Nous n'avons eu d'autre dessein que d'indiquer le degré d’obéissance qu’obtint Abd-el-Kader en Kabylie. Il n’y revint qu'en 1839, et, à cette époque encore, il put se convaincre que jamais il ne parviendrait à asseoir sur ces àpres montagnards une autorité complète ; mais sa piété vraie ou affectée, ses titres de hadj et de marabout, la simplicité de ses vêtements, sa renommée de guerrier, en lutte depuis huit ans avec les infidèles, lui attirèrent l’admiration des Kabyles, qui lui promirent une
“giliance sûre.et un concours énergique dans la guerre sainte (djedad), mais rien de plus. Partoutlles subsides, lui furent réfusés avec audace, et mêmesil dut fuir, devant l'attitude des Kabyles, qui, près de Bougie;le
‘ soupçonnèrent de connivence avec les Français Ce épisode intéressant de la vie d’Abd-el-Kader fera, mieux que tous les récits, connaître les mœurs et le caractère de ces rudes populations.
: En 1839, Abd-el-Kader arrivait, à l'improviste, dans la plaine du Hamza, suivi d’une centaine de cavaliers: Son’khalifa, Ben-Salem, vint le chercher au Bordj- Hamza, et, après lui avoir offert, à Bel-Kreroub, la
| magnifique hospitalité de sa demeure, ilMle conduisit dans la montagne, à Bordj-Boghni et à Si-Ali-ou- Mousse. :
La présence d'Abd-el-Kader en Kabylie fut bientôt connue; les Kabyles voulaient voir ce jeune et vaillant champion de l'islimisme. Tous les sentiers furent couverts de piétons qui descendaient des villages, des hauts
- plateaux, et venaient se presser autour de sa tente, sans oser y pénétrer. Toutes les tribus environnantes, les Flissas, les Beni-Raten, les Beni-Zemenzar, les Guetchoulas, les Zouaouas étaient là réunies en foule nombreuse, ardente, appelant l’émir et demandant à le voir.
Il se présenta sur le seuil de sa tente, et ces rudes montagnards, dont les cavaliers d’escorte avaient peine à contenir l'enthousiasme, contemplèrent ce beau visage