‹ Kabyles et KroumirsChapitre 138 sur 159 · RÉSISTANCE DES AMINES KABYLES · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DES AMINES KABYLES

pâle, aux longs yeux de gazelle, que faisaient ressortir encore les plis d’un haïk blanc encadrant sa barbe noire.

L'émir, calme et grave, au milieu du tumulte occasionné par sa présence, leur demanda où étaient leurs chefs.

« Nous n’en avons pas, répondirent les Kabyles; nos chefs sont tirés d’entre nous : nous obéissons aux amines et aux marabouts. »

Les amines, s'étant présentés, le saluèrent avec une respectueuse gravité, mais sans servilisme. Abd-el- Kader leur demanda quel était le chef général de la confédération.

« Personne, parmi nous, répondirent les amines, ne réunit la volonté de tous; mais nous, les amines, élus par le peuple dans nos djémaas (assemblées), nous représentons la volonté générale.

— S'il en est ainsi, reprit Abd-el-Kader, je recommande aux amines d'être bien avec mon khalifa, de le servir et d'obéir à ses ordres.

—. Nous sommes disposés à vivre en bonne intelligence avec votre khalifa, répondirent les amines, mais qu’il n’exige jamais d'impôts, comme il l’a déjà fait dans les plaines; car nos ancêtres n’en ont jamais payé, €t nous voulons suivre leur chemin.

— Vous me donnerez au moins des subsides pour la guerre sainte ?

— Nous payons à nos mosquées, nous donnons à

nos zaouias, et nos PAR EA profitent : tels. sont nos

| usages. » h

Abd-el-Kader s’irritait : de cette re résistance: mais son visage impassible n’en laissait rien paraître. On lui apporta la diffa : avant d'y toucher, il voulut savoir si les Kabyles persistaient dans leurs refus, et il parie encore de l'impôt. Les amines, s’animant à cette discussion, lui dirent rudement : Lune

« Vous êtes venu chez nous en pèlerin, et'nous vous avons offert l'hospitalité; cessez ce langage, dont vous pourriez vous mal trouver; si vos étiez venu. ici comme maghzen, comme chef, voulant imposer son autorité, au lieu de kouskoussou blanc, nous vous aurions rassasié de kouskoussou noir {de poudre). » :

Abd-el-Kader, toujours patient, leur répondit par un long discours, qu’il nous est impossible de transcrire en entier. Nous lui emprunterons seulement quelques phrases ! :

« Dieu m'a élevé pour rétablir la religion du Prophète et anéantir la puissance des chrétiens :

« Sachez bien que si je ne m'étais opposé aux empiétements des Français, déjà depuis longtemps ils auraient nagé jusqu’à vous, comme une mer en furie.

1. M. le général Daumas a eu entre les mains tous les documents, lettres, témoignages, rapports, relatifs à ces entretiens de l’émir avec les Kabyles, et il en a donné, dans son beau livre de la Grande Kabylie, un récit coloré. Nous ne saurions emprunter à une source plus sûre des extraits de ces événements. Tout ici est donc historique.

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