VISITE D'ABD-EL-KADER AUX TOUDJAS
Je suis l’épine que Dieu leur a placée dans l'œil; et, si vous m'’aidez, je les jetterai à la mer.
« Rendez-moi donc des actions de grâces de ce que je suis l'ennemi mortel de votre ennemi.
« Je n’exige de vous, pour triompher des chrétiens, qu’accord et obéissance ; je ne vous demande, pour soutenir mes armées, que ce qui est ordonné par Dieu, le maître du monde. Obéissez donc à mon khalifa... Je prends Dieu à témoin de la sincérité de mes paroles; si elles n’ont pu trouver le chemin de vos cœurs, vous vous eh repentirez un jour, mais d’un repentir inutile. Je vous croyais des gens sages, et je vois que je me suis trompé; vous n'êtes que des troncs noueux et inflexibles.
— Nous vous jurons, reprirent les amines, que nous sommes des gens sensés; mais nous ne voulons pas que personne s’initie à nos affaires, ou cherche à nous imposer des lois; nous continuerons à payer ce que nous devons à nos zaouias, mais nous ne voulons pas que des étrangers en profitent. Quant aux chrétiens, contre lesquels vous nous offrez de nous défendre, qu’ils viennent jamais chez nous, nous leur ferons voir ce que peuvent les Kabyles à la tête et aux pieds nus.
— Assez, assez, interrompit Abd-el-Kader. Le pèlerin s’en retournera comme il est venu; que la volonté de Dieu soit faite!
— Allez en paix, dirent les chefs kabyles ; les pêlerins sont toujours bien reçus chez nous; nous prati-
quons l'hospitalité. Venez une autre fois en prince, suivi d’une armée nombreuse, et demandez-nous ne fût-ce que la valeur d'un grain d'orge, vous n'obtiendrez que de la poudre : c’est notre dernier mot. » L'émir monta à cheval et partit, cherchant dans les autres tribus des alliés plus souples et plus disposés à lui obéir, Il gagna le bord) Tizzi-Ouzzou, chez les Améraouas. Il tint aux Kabyles de ces contrées les mêmes discours, et, s’il en recut des réponses moins rudes en la forme, le fond fut à peu près le même. Les Améraouës promirent de se soumettre si les tribus quiles entouraient faisaient leur soumission. Il visita ensuite les Beni-Aïcha, qui le recurent en faisant une fantasia de coups de fusil en son honneur; de là il se rendit chez les Flissas, à Tamdiret, où était établi le camp de Ben- Salem. Les chefs des Issers, des Beni-Thour, vinrent le voir au camp, et rendirent hommage moins au chef qu’au marabout dont les ancêtres descendaient du Prophète. Il les consulta sur la possibilité d’un voyage chez les Zanaouas et les tribus voisines de Bougie. Ben-Zamoun et les autres chefs, qui connaissaient l'esprit indépendant, ombrageux de ces tribus puissantes, le dissuadèrent de se présenter avec son escorte de cavalerie au milieu de populations sauvages-et insoumises, et lui conseillèrent de voyager en. pèlerin, porteur de leur anaya. Il congédia ses cavaliers, après avoir distribué entre eux une partie des présents des Kabyles; puis il se mit en route, traversa les hauts