‹ Kabyles et KroumirsChapitre 142 sur 159 · ABD-EL-KADER DEMANDE L’'AMAN · texte numérisé non relu

ABD-EL-KADER DEMANDE L’'AMAN

pas de représailles vis-à-vis d’un ennemi qui avait récemment livré au sabre de ses réguliers, sans motif de haine, de sang-froid, 270 de ses prisonniers. Il ne gardait que ses fidèles, et il allait avec eux s’enfoncer dans les vastes solitudes du Sahara.

On était au 3 décembre 1847. Abd-el-Kader, traqué par les troupes marocaines, trop nombreuses pour qu’il puisse les vaincre, traverse la rivière de la Malaouia, grossie par les pluies; il sème sa route des cadavres de ses derniers compagnons; il entre enfin sur le territoire français, où s’arrête la poursuite enragée des Marocains. Il reprend haleine, se dirige vers le col de Kerbou, l’unique issue pour gagner le Sahara; mais il est recu à coups de fusil ; le col est occupé par nos spahis, et Lamoricière est tout près avec ses troupes.

L’émir comprend que tout est fini pour lui, et il fait parlementer avec le chef du poste, le lieutenant indigène Bou-Kouia. Il demande à être conduit à Alexandrie, et Lamoricière, trop généreux, lui envoie une lettre d’aman et un sauf-conduit.

Cependant les heures se succèdent et l’émir ne paraït pas. Le général croit un instant que, à l’aide de la négociation entamée et à la faveur de la nuit, l’émir a pu échapper, et il dépêche le colonel Montauban, avec ses spahis, à la recherche du fugitif. On arrive au marabout de Sidi-Brahim, et bientôt on aperçoit des Arabes qui, en signe de paix, agitent les pans de leurs bur-

nous. L’émir suit de près, entouré de 60 cavaliers, derniers débris de son armée. Un peu en arrière, ses femmes, sa famille, sont sous la protection d’un détachement de spahis.

Abd-el-Kader demanda à faire ses prières au marabout, après quoi il fut conduit au général Lamoricière, qui le recut avecles égards dus à la gloire et au malheur.

Le lendemain, il était présenté au duc d’Aumale qui, prévoyant la fin de ce grand drame, était venu à Nemours recevoir la soumission de l’émir. Une première entrevue eut lieu. Abd-el-Kader était pâle, les sourcils contractés. Le souvenir de ses cruautés, de ses massacres de nos soldats prisonniers lui revenait à la pensée, et peut-être, à ce morñent, eût-il voulu payer de son sang ces Jours néfastes.

Il s’inclina devant le jeune duc d’Aumale, la main sur le cœur, en signe de soumission : « Il y a longtemps, lui dit-il, que tu devais désirer ce qui s’accom plit aujourd’hui ; tout arrive selon la volonté de Dieu. » Et il ajouta quelques paroles pour recommander ses compagnons à la générosité du vainqueur; puis il demanda à se retirer.

Le lendemain eut lieu l’entrevue officielle, en public, en face de l’armée. Le duc d’Aumale recut, au perron de la maison de commandement, l’émir, qui était venu monté sur une magnifique jument noire : « Je t'offre, dit-1l au prince, cette jument, la seule chose que je pos-

sède et que j'estime en ce moment.

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