‹ Kabyles et KroumirsChapitre 144 sur 159 · INSURRECTION DE KABYLIE — COMBAT L’'ICHERIDEN · texte numérisé non relu

INSURRECTION DE KABYLIE — COMBAT L’'ICHERIDEN

Depuis le jour où les Français ont mis le pied sur le sol africain, les tribus kabyles, fidèles à leurs idées de liberté, se sont tenues fièrement devant nous, défendant pied à pied leur territoire, ne cédant qu’à notre stratégie et à la force de nos armes. Il a fallu quinze expéditions successives pour les soumettre. Je n’entreprendrai pas ici le récit de ces combats où luttait le fanatisme aveugle contre une puissance qui leur apportait dans les plis de son drapeau la civilisation avec la paix, la richesse par le commerce. Je ne retracerai pas ces longues et difficiles opérations de guerre que des voix plus autorisées que la mienne ont racontées avec

tant de verve; je ne veux que donner, par le récit d’un

sol …

de ces combats, une idée de Fâpre et ardente énergie … de ce peuple qui n’a pas dégénéré.

J’ai vu dans la tribu des Menguillet, et sur les confins ” de celle des Beni-Raten, le théâtre du combat. Jai vu les rochers encore teints du sang français,.et je veux tenter de faire comprendre toute l’horreur d’une victoire chèrement achetée. La Kabylie, par sa situation au milieu de montagnes souvent inaccessibles à une

armée, par son vaste périmètre dont le blocus et l’'in-

vestissement étaient impossibles, par l'énergique résistance de ses habitants qui protestaient à coup de fusil . contre notre présence dans leur pays, la Kabylie, disje, a pu résister longtemps à nos armées, et ces diverses causes, auxquelles venaient s’adjoindre les fautes d’un gouvernement qui restreignait sans cesse les moyens d'action, expliquent. pourquoi . nous avons guerrogé pendant vingt ans sans la soumettre:

De 1838 à 1864, quinze expéditions ont été faites contre la Kabylie; de rudes leçons ont été données à ces montagnards belliqueux et fanatiques, qui se soumettaient partiellement, oubliant leurs serments à la première levée de boucliers des tribus voisines; mais ces combats, où la victoire nous resta toujours, n’eurent aucun résultat décisif.

Pendant les huit premières années de la lutte, les Kabyles, commandés par Ben-Salem, khalifa de l’émir, par Bel-Kassem-ou-Kassi, son lieutenant; par Bou- Bar'la, l’homme à la mule, par l’homme à l’ânesse

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(el hadj amar) et d’autres chefs moins connus, défendirent pas à pas leur territoire. Je passe ces temps funestes pour raconter un des épisodes de la dernière campagne faite par M. le maréchal Randon, ayant sous ses ordres trois divisions commandées par les généraux Mac-Mahon, Renault et Yusuf. Je veux parler de la prise d’Icheriden, que j'ai traversé le 20 juillet 1864; Icheriden, situé sur un plateau des plus élevés, adossé à une muraille de rochers et relié à d’autres montagnes par une crête de pitons dentelés; et je me suis demandé par quels prodiges d’audace nos soldats ont pu l’aborder, défendu qu’il était par la nature et par des barricades élevées à toutes les anfractuosités du terrain.

La deuxième division du corps expéditionnaire, commandée par le général Mac-Mahon, et partagée en deux brigades, l’une d’avant-garde, conduite par le général Bourbaki, l’autre par le général Périgot, partait d'Aboudid, que quatre kilomètres séparent d’Icheriden. A droite et à gauche sont les villages amis des Beni-Raten et des Fraoucen'. En avant d’Icheriden, et à quinze cents mètres environ, s'élève un plateau étroit et découvert. C’est là que le général Mac-Mahon concentre ses troupes pour les lancer sur le village lorsque le canon aura ouvert la brèche dans les retranchements kabyles.

1. Les Fraoucen n'ont jamais été très hostiles ; ils prétendent descendre des Francs. On rencontre chez eux beaucoup d'hommes blonds avec les yeux bleus. Ils ont le type germanique.

En facé se drésse la imontügrie sut le. sommet de laquelle est planté le nid d’aigle que nos troupes doivent enlever. Il faut, pour l'atteindre, descendre dans là vallée ét remonter la pente ardué en enlevant successivément les barricadés amoncelées sur tous les points accessibles. d a

Derrière ces remparts formidables, abrités par tous les plis du terrairi ou des rochers, les Kabyles apparaissent, le fusil à la main; ils attendent l'attaque, et l'on voit les burnous blancs passer et repasser çà et là.

Le signal est donné; le canon tonne, les fusées à la congrève serpetitent avec un bfuit aigu; les obusiers lancent leuts boulets creux qui vont éclater au milieu dés barricades, et l’oh entend dàns le lointain leur sôurde explosion. Les Kabyles ont disparu. Le feu de l'artillerie cesse, par ordre du général Mac-Mahôn, qui lance Bourbaki ét ses bataillons sur la chaussée qui relie {cheriden au plateau où ils sont rmassés. Qu’on se figure une corde mal tendue, c’est la chaussée profonde de trois cents mètres, longue de neut cents, bordéé de ravins, qu’il faut descendre et remonter sous le feu ennemi. |

Les clairons sonnent la charge; les Zouaves, le 54° de ligne s’élancent sur la pente, la descendent comme une trombe, et grimpent sous les feux plongeants de deux barricades qui bordent la crête. Des hurlements stridents les accueillent, une fusillade terrible les arrête. En vain les officiers, le sabre haut, cherchent à entrai-

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