‹ Kabyles et KroumirsChapitre 145 sur 159 · ASSAUT DU VILLAGE · texte numérisé non relu

ASSAUT DU VILLAGE

ner leurs soldats : ils tombent avec eux sous les balles. Les cadavres s’amoncellent sur l’étroite chaussée, quelques-uns roulent dans le ravin. |

Une angoisse inexprimable serre le cœur de tous les spectateurs restés sur le plateau. Il y a un temps d’arrêt d’une minê@te qui semble une heure, tant elle est longue à s’écouler. Tout à coup une troupe se détache et, l’arme au bras, marche rapidement, en tournant les Kabyles par la droite; elle avance en bon ordre, malgré les difficultés du chemin. C’est la légion étrangère. Les Kabyles se groupent, font face à ce danger imprévu et commencent sur ces nouveaux assaillants un feu des plus nourris. Les soldats marchent toujours, leur comr mandant, Mangin, est à cheval à leur tête, et bientôt ils abordent le retranchement, y pénètrent en masse, tuant tout ce qui s’y rencontre. Les zouaves s’élancent de leur côté, entrent de face dans la barricade et continuent la boucherie. Les Kabyles, se voyant coupés, fuient, en descendant la montagne.

Les deux corps réunis montent ensemble sur Icheriden, qui ne peut tenir longtemps contre la fureur de nos soldats. Les Kabyles lächent pied, tout en continuant à se défendre, et se mettent en retraite par la vallée des Beni-Yenni et par le chemin tortueux qui conduit d’Icheriden à Aguemoun-Izen, chez les Beni- Raten. On les poursuit; mais, derrière chaque arbre, à l'abri des rochers, profitant de toutes les sinuosités du chemin, les Kabyles font un feu meurtrier sur nos sol-

dats. Ils s’éloignent cependant, et bientôt la fusillade cesse tout à fait.

La 2° brigade, l'état-major, s’avancent alors et viennent camper sur Icheriden. Quel triste spectacle s’offre sur leur passage! De tous côtés les cadavres sèment la route : ici des blessés gémissent sous le bistouri du chirurgien; là des mourants sont enlevés et portés aux ambulances; d’autres implorent des secours. Les barricades, faites de poutres, de troncs d’arbres, de pierres, de portes, enchevêtrés dans les rochers, sont ouvertes avec peine et témoignent d’une résistance acharnée. Derrière ces retranchements, le sol est couvert de débris de cartouches et de sang. Les cadavres sont rangés à la file, et leurs visages contractés, leurs yeux vitreux semblent encore nous menacer.

La défense et la prise d’Icheriden coûtèrent bien des vies à la France. Trois mille Kabyles, bien retranchés, tirant à canons appuyés sur d’étroites meurtrières, défendaient tous les passages. Comme toujours, nos braves troupes se jetèrent tête baissée dans ce péril et payèrent de leur vie leur témérité. Aussi le chiffre des pertes en morts et en blessés fut-il considérable! Mais l'effet moral fut énorme en Kabylie et amena l’ébranlement de tout le pays. L'armée ne trouva plus, à dater de cette victoire, que des résistances partielles, produites par ce préjugé d'honneur national qui veut que le Kabyle ne se soumette qu'après avoir eu sa journée de

poudre. Il n'y eut plus de ces réunions de contingents

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