GÉOGRAPHIE DU PAYS
ensuite jusque sur les bords de la Méditerranée, en face de l’île de Tabarka.
De nombreuses tribus vivent dans ces montagnes; les plus puissantes sont les Drid, entre Béja et le Kef, puis les Mogodis, les Nefzas, les Ouchetettas et les Kroumirs, qui, pauvres, belliqueux, toujours en quête d’une proie, descendent par les pentes d'Oum-Téboul . envahir nos frontières et piller nos colons ou les douars placés sous notre domination.
Comme dans notre colonie algérienne, trois races bien distinctes peuplent la Tunisie : les Maures, qui, chassés d’Espagne au seizième siècle, gardant encore dans les archives de leurs familles les clefs de leurs maisons de Grenade ou de Séville, se sont réfugiés en Afrique et y habitent les villes ; les Arabes nomades, campant dans les plaines sans se fixer, et cherchant des pâturages nouveaux pour leurs bestiaux; enfin, les Djébelias, ou habitants des montagnes, qui, fuyant les invasions, se sont établis sur les sommets et en défendent les approches, même contre les agents du bey qui règne à Tunis.
Un kaïd est bien imposé par le bey dans chaque soff, mais il a un pouvoir purement nominal, et c’est la djemaâ qui gouverne la tribu, qui maintient les vieux usages de génération en génération.
Cette indépendance se retrouve chez tous les Kabyles tunisiens; mais elle se maintient plus farouche chez les Kroumirs, où la suzeraineté du bey est fictive; et
quand, en 1863, voulant tenter un acte d'autorité en réclamant l’achour, le bey envoya sonfrère Hamouda ävec une petite armée, les Kroumirs laissèrent débar- . ‘ quer des Tunisiens dans la baie de Tabarka; mais ils ne leur permirent pas de franchir l'ouéd qui les séparait du tertitoire kroumitien 3 ils se tinrent en nombre ef armés au pied dé Îèurs montagnes, et n’autorisèrent “que lé péssage d’une eschuade qui, éhaque matin; allait danb les ‘inarchés de leuts villages s'approvisionner dé vivres que le bey avait négligé de leur fournir. . .
Les Kroumirs, tes Nefzas, les Ouchetettas ne parlent pes Farabe, mais la langue chaouia de l’Aurès et du: M’, qui diffère un peu du kabyle du Djurjura.
+ *fohime nos Kabyles, les Kroumirs $e groupent tà
villages; sus La direction d’un amin, nommé par l’assemblée de la djémaÿ.
Mais ces villages sont loin de présenter l'aspect riant de ceux de nos Kabyles, accrochés comme des nids d’aigles aux flanc des montagnes. Bâtis de pierres sèches à peine reliées entre elles par un mortier de terre grise, sans être recouverts de cette couche de chaux vive qui les fait paraître de loin d’une blancheur si éclatante au
- milieu de la verdure sombre des oliviers, les villages kroumirs se composent de misérables gourbis couverts, en guise de toiture, de branchages, de plaques de liège. La vivent pêle-mêle bêtes et gens, séparés seulement par un mur à hauteur d'homme. D'un côté, la famille