‹ Kabyles et KroumirsChapitre 152 sur 159 · LES VILLAGES KROUMIRS · texte numérisé non relu

LES VILLAGES KROUMIRS

avec ses quelques ustensiles de bois ou de fer, et des nattes pour tout mobilier; de l’autre, l'écurie destinée aux bestiaux.

A l’entrée du village, comme en Kabylie, s'élève une porte en tunnel, garnie de bancs de pierre. C’est là que l'assemblée de la djemaà ou conseil municipal se réunit, à jour dit, pour discuter les intérêts de la çemmunauté. Tout Kroumir a le droit de venir exposer ses idées ou défendre la cause d’un voisin ou d’un absent.

Les villages kroumirs n’ont pas de mosquées ni d’imam pour faire la prière en réunion. Chacun prie où il se trouve, à l'heure prescrite par le Koran, et les dévots vont en pèlerinage aux villes saintes de Kef ou de Kérouan prier sur le tombeau des marabouts Sidi- Zébili ou à la kouba de Sidi Abdallah-Djemilh; mais ils observent strictement tous les préceptes du Koran, l'hospitalité, l’aumône, les cinq prières de la journée, le jeûne pendant le Ramadan, l’abstinence du vin, des boissons fermentées et de certaines viandes.

S'il faut en croire le savant M. Cherbonneau, les Kroumirs et autres Kabyles tunisiens sont monogames, mais la condition de la femme n'en est pas améliorée. Vendue comme un vil bétail à un homme qu’elle n’a jamais vu, elle n’est qu’une chose que les kanouns ne couvrent pas de leur protection, alors qu'ils sont si sévères pour les atteintes à la propriété. C’est si bien une chose humaine, que, lorsqu'elle devient veuve, elle fait partie de la succession de son défunt mari, et les héri-

we KABYLES ET KROUMIRS

tiers decelui-ci‘ont lé droit de la vendre ou de l'épouser, sans être téqus deerser la dot.

Comme chez nos Kabyles, la femme kroumir n’est pas voilée, et son vêtement, d’une simplicité toute primitive, se compose de deux pièces d'étoffes non cousues ehtre elles, mais rattachées-qur les épaules par une agrafe et qui descendent jusqu'au Ysésous du genou.

‘* Une ceinture de vouleur vive les serre autour des reins, laissant voir par les côtés les membres, les seins et les bras nus. Une coiffure d’étoffe grossièrement brodée, tombant sur les épaules, affecte, vue de face, .la forme d’un bonnet phrygien. Grandes, sveltes, à

* l'aise dans ce vêtement, les femmes kroumirs.ont une allure sculpturale qui rappelle les statues antiques.

“ Les hommes ont un costume tout à fait rudimen-

taire. Une habaya de laine, été comme hiver, descendant aux genoux, d'ordinaire sordide, rattachée par une cordelette de poil de chameau, dans laquelle est

‘ passé un mouss (couteau) dans sa gaine ou un flissa à

fourreau de bois; une chachia, dont le soleil et la malpropreté ont si bien altéré la couleur qu’on ne saurait la discerner, couvre le sommet de la tête et la mèche traditionnelle à l’aide de laquelle Mohamed le prophète doit enlever et porter en paradis les bons musulmans ; les jambes et les pieds sont nus; les amins seuls ou les gens riches portent, en guise de chaussure, un carré de toison avec le poil en dedans, et ficelé autour du pied et de la cheville par une cordelette de cuir.

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