‹ Kabyles et KroumirsChapitre 153 sur 159 · HOMMES ET FEMMES KROUMIRS · texte numérisé non relu

HOMMES ET FEMMES KROUMIRS

Mais chaque Kroumir a un fusil et une petite djebira pendue au flanc, où sont empilées, dans des poches, la poudre et les balles.

Souvent les femmes accompagnent leurs maris ou leurs pères au combat; elles les encouragent de leurs toulouil (you you), les soutiennent s’ils sont blessés, les traînent hors de la bataille s’ils sont tombés; quelquefois même, s’armant du fusil du mort, elles font le coup de feu avec l’ennemi. Dans les premiers engagements qui eurent lieu à Fedj-Kalah, une jeune femme, voyant tomber un vieux Kroumir, son père sans doute, qu’un zouave avait frappé de sa baïonnette, s'empara du fusil et, ajustant le soldat, l’étendit à ses pieds; mais cet exploit ne la sauva pas, car bientôt elle tombait frappée d’une balle, au moment où, chargeant le mokala paternel, elle s’apprêtait à continuer le combat pour protéger le cadavre du Kabyle.

Dans un autre engagement dans un des villages de : la montagne, des Kroumirs reculaient pied à pied, s’abritant derrière les maisons; une femme fuyait, traïnant après elle un pauvre petit garcon d’environ sept à huit ans. Les balles sifflaient autour d'elle et accéléraient sa fuite. Elle tomba; l'enfant, effrayé, se jeta sur elle, l'appelant et pleurant, et quand, le village pris d'assaut et mis à sac, les soldats se retiraient, ils voulurent emmener avec eux l'enfant qui tremblait, non de peur, ses yeux ne trahissaient aucune crainte, mais de froid, car il avait plu depuis le matin, et il était

an ‘KABYLES ET KROUMIRS

accroupi dans la boue, auprès du cadavre de sa mère.

H parlait à haute voix, tout en-sanglotant, mais pas un de ceux qui l'entouraient necomprenaitson langage. Un turco fut appelé par l'officier et interrogea l'enfant. « Mon père a été tué là-bas, disait-il, en avant du village; vous venez de tuer mà mère qui ne vous avait pas fait de mal; eh bien, tuez-moi aussi. » |

L'enfant fut emmené au camp sur un cacolet; il se pelotonna sous une tente-abri, refusant toute nourrifure, rejetant le pain blanc que lui offraient les sergents. Pendant la nuit, il s’enfuit et retourna sans © doute à son village; on ne l’a pas revu.

Chez les Kroumirs, comme en Kabylie, comme dans toute l'Algérie, les khouans exercent une influence considérable et vont dans les villages prêchant l’obéissance passive aux ordres des marabouts et de leurs mokkadem, vendant des amulettes qui rendent invulnérables et qui se composent d’un verset du Koran écrit par le saint et enfermé dans un sachet de cuir, que le Kroumir porte pendu au cou.

Ce sont les khouans qui, par leurs prédications enflammées, entretiennent le fanatisme de ces populations ignorantes et superstitieuses. Il n'existe, en effet, dans aucun village kroumir d’école où les enfants apprennent à épeler le Koran. Il n’y a pas de taleb pour leur enseigner la lecture ou l'écriture. L'enfant va sur la montagne avec ses petits camarades garder les troupeaux réunis de la tribu. Quand il a grandi, à l’âge de

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