‹ Kabyles et KroumirsChapitre 154 sur 159 · MŒURS KROUMIRS · texte numérisé non relu

MŒURS KROUMIRS

douze ans, il accompagne son père dans les marchés ou dans les expéditions, lorsque les gens du village vont en maraude, razzier une tribu voisine ou vider les silos de quelque douar de la frontière. C’est là leur seule industrie, le pillage de tribus amies ou ennemies. Toutefois, dans quelques centres populeux, comme chez les Béni-Abbès de la Medjana, on fabrique des fusils dont les canons proviennent d’Angleterre, ou des sabres d’une trempe assez bonne. Quelques tribus de l’intérieur, moins pillardes, vivent du produit de leurs troupeaux. Le village de Moussa, surtout, dans la tribu des Ouled-Mékéna, situé sur un mamelon dont l’oued Salem baigne le pied, est renommé pour ses tissages de burnous, que les fabricants vont vendre aux juifs soit à Tabarka, soit à Béja, à Ben-Béchir et au Kef.

L’Arabe est trop paresseux, le Kroumir trop peu industrieux, pour se livrer au commerce; seuls, les juifs en ont le monopole. Au nombre de cinquante mille environ, ils sont disséminés dans toutes les villes de la Tunisie, et ils y font fortune, malgré les pillages dont ils sont fréquemment victimes dans les marchés. Voici comment les Kroumirs, les Arabes même procèdent : une ou deux tribus conviennent de se réunir dans tel village éloigné de leur résidence, au jour du marché. Dès le matin, les petites tentes ouvertes des israélites regorgent de marchandises étalées de façon à attirer les regards ; ils appellent le chaland, le caressent de l’œil, tout en faisant miroiter les beaux mouchoirs

de soic, les bijoux, les colliers, les bracelets pour la moukère (1z femme), souriant à tous, quoique méfants. Tout à coup une querelle s'élève au milieu du marché eutre deux hommes de tribu différente. Chacun prend parti pour l'enfant de sa tribu; ce sont des cris, des menaces que les kielas (gendarmes locaux), le kadi sont impuissants à réprimer. C’est la néfra. Les juifs, prudents, plient en hâte leurs marchandises et s'apprêtent à fuir. Mais les combattants se rapprochent en se bousculant, les bâtons levés; la foule se précipite, et sous un prétexte quelconque, souvent sans prétexte, le pillage commence; le pauvre juif crie au secours, veut défendre son bien; il est maltraité, foulé aux pieds, dévalisé. Il n'ira pas se plaindre au kadi, il sait bien que sa plainte serait vaine; il contemple sa tente renversée, les lambeaux de ses étoffes ; il réunit le peu qui a échappé, et se retire en supputant le bénéfice des ventes matinales, car il a sauvé sa bourse, et comptant s'il ne compensera pas la perte qu’il vient de subir. Il est dévalisé, et 1l ne se décourage pas. Cependant il espère être plus heureux au premier marché où il ira, plus protégé par la police du kadi, à qui il fera un petit cadeau pour se le rendre favorable.

Voilà les vices inhérents à la nature sauvage de ces barbares ; à côté, vous trouvez des coutumes touchantes et que ne pratique pas, au même degré, la civilisation la plus avancée. L’hospitalité est sacrée pour le Kroumir. Qu'un étranger entre dans un village, il devient

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