MŒURS KROUMIRS
l’hôte de Dieu, et les coutumes pieuses que j'ai racontées dans le cours de ce livre sont pratiquées par ces sauvages. Je n’y reviendrai pas. L’anaya, que mes lecteurs connaissent, est aussi en vénération dans les villages kroumirs, et il n’est pas d'exemple qu’un anaya donné à un voyageur ait été enfreint entre tribus du même soff. On raconte qu’un savant naturaliste allemand, parti de Roum-el-Souk à la recherche de Ja flore du pays, s'étant égaré dans les vallées qu'arrose l’oued Medjerdah, entra dans un village et demanda l'hospitalité, sans être compris, bien entendu. Il fut recu par un vieux Kroumir, qui lui servit un plat d'olives, des amandes, du lait et une galette, et refusa, d'un grand air, la pièce blanche que lui offrait l’Allemand. Ce dernier cherchait une plante dont il n'avait, dans son excursion, trouvé qu’un échantillon. I] la montra au Kroumir, qui le fit accompagner sur les bords de l’oued Mellègue par son jeune fils; là, le savant fit sa collecte de plantes et fut ramené à Roum-el-Souk. Sans la protection de cet enfant, porteur de l’anaya de son père, le savant eût couru grand risque d’être la victime de quelque maraudeur.
Nous n'avons pas l'intention, dans ce court exposé, de suivre les événements de la guerre en Tunisie. Rappelons seulement quelques-unes des causes qui l'ont rendue nécessaire.
Cette zone montagneuse qui sépare la Tunisie de l'Algérie est habitée par une population turbulente,
cinq mille francs a été stipulée et promise. Le 30 mars, les Kroumirs faisaient une nouvelle incursion sur notre territoire et attaquaient la tribu des Ouled-Nehed. Repoussés par les goums, ils revenaient plus nombreux le lendemain, et un combat qui dura onze heures, soutenu par deux compagnies envoyées au secours des Ouled-Nehed, mettait le comble à notre patience et nécessitait une sévère répression.
Le 5 avril, l'expédition était décidée, la Chambre des députés l'autorisait avec enthousiasme, et, dès le 12,