‹ Kabyles et KroumirsChapitre 18 sur 159 · LES RUINES D'HIPPONE · texte numérisé non relu

LES RUINES D'HIPPONE

colline demi-circulaire; c’est là que gisent les ruines de l'antique cité. Nous marchions sur les restes d’une voie romaine, à travers une belle plaine, arrosée par la Boudjemah et la Seybouse, et, après avoirtraversé un pont aussi romain, restauré par les Français, nous arrivions à ces mamelons que domine la forêt de l’Édoug. C’est là que s'élevait cette cité d'Hippone qui, pendant un an, résista aux assauts des hordes vandales commandées par Genséric. Il reste encore des murs de fondations, des citernes, que quatorze siècles ont respectés. C'est dans ces lieux que vécut saint Augustin; c’est dans la basilique, dont on a cru, il y a quelques années, retrouver les vestiges, que retentissait la parole du noble prélat, encourageant les habitants pressés autour de lui, à défendre leur liberté et leur vie, comme s'il pressentait que cette avalanche de barbares allait emporter dans sa course torrentueuse la civilisation naïssante; c’est là, enfin, que s’éteignit ce beau génie, qui consacra la plus longue partie de sa vie à réparer les erreurs de sa jeunesse, en portant la paix et le pardon au chevet des mourants, en pansant d'une main charitable les plaies des pauvres, et sa dernière parole fut une prière en faveur de ses enfants opprimés par l'invasion.

Les ronces, les palmiers-nains, les figuiers sauvages, les cactus recouvrent les traces effacées de cette puissante civilisation romaine, dont Hippone fut une des plus belles émanations; le site seul est resté admirable : au pied de la colline où fut la ville, s'étend la vaste

plaine couverte de cultures variées; deux rivières l'arrosent et vont, non loin de là, se jeter dans la mer. Hippone avait un port, aujourd’hui ensablé, où les galères, les vaisseaux entraient à pleine voiles, en remontant la Seybouse; il n’en reste pas vestige; mais sur ces ruines informes plane un éternel et grandiose souvenir !.

1. J'ai été bien étonné en lisant, dans un journal d'ordinaire bien informé, le récit d'un reporter qui, allant de Bone à La Calle rejoindre le corps d'armée cpérant contre les Kroumirs, prétend avoir visité les ruines d’Hippone qu’il dit grandioses. Il a bien mal vu, car il n’en reste pas pierre sur pierre; il n'a pas même été possible de retrouver Îles fondements des murs de la basilique. Les Vandales ont tout bouleversé.

Le même reporter dit avoir vu le tombeau de saint Augustin; je suis désolé de le contredire, mais ce tombeau n'existe pas. Ce qu'il a

pris pour un mausolée est une mesquine statue d’un mètre de haut, sur un socle entouré d'une barrière de fer du plus triste eflet.

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