‹ Kabyles et KroumirsChapitre 20 sur 159 · LE LION · texte numérisé non relu

LE LION

Je ne parlerai pas de la chasse du lion assez d’autres en ont parlé de visu, et je ne pourrais que répéter ce qui a été dit bien des fois. En Algérie, la chasse au lion est en grand honneur, car c’est un duel de vie et de mort entre les deux combattants. « Celui qui le tue le mange, dit le proverbe arabe, ‘et celui qui ne le tue pas en est mangé. » Les Arabes donnent à celui qui atué un lion ce simple mais énergique éloge : Hadak houa, « Celuilà, c’est lui. » Pour eux, le lion est le roi, le seigneur, el kébir, devant lequel tous se prosternent et tremblent, l’homme excepté. Suivant une croyance très répandue chez les Arabes, le lion lui-même reconnaît la suprématie de l’homme. Les gens des douars prétendent que lorsqu'il rugit il est facile de distinguer dans son rügissement les paroles suivantes: Ahna ou ben el m'ra, « Moi et le fils de la femme, » et, comme il ne dit qu’une fois ahna, « moi », et deux fois ben el m'ra, c'est qu’il ne reconnaît au-dessus de lui quele fils de la femme. L’explication est ingénieuse, se non è vero, comme dit le proverbe italien. .

De Bone à Philippeville, où nous devions prendre la voiture de Constantine, il y a deux routes : la mer et le chemin par terre; c’est ce dernier que nous choisimes, et, partis de grand matin, nous arrivâmes bientôt au bord du lac Fetzara, que nous allions côtoyer pendant plusieurs heures. Ce lac est renommé par la quantité et la variété de gibier aquatique qu’il renferme. Nous vimes, en effet, des bandes de sarcelles, de canards, vole-

tant et nageant par troupes; des hérons gris, des cigognes blanches, des grebbes au soyeux plumagegris, des flamants roses étaient gravement rangés sur ses bords. Quel beau spectacle que cette riche nature animée par les cris et les envolements de tous ces charmants oiseaux! Un jeune pâtre nous offrit un animal à pattes roses, à plumes blanches, de la famille des ibis, et je l’aurais volontiers acheté pour lui rendre la liberté, mais il avait une aile cassée, et ma généreuse intervention ne lui eût point sauvé la vie, car avec son pauvre aileron brisé, la dent des rats, des loutres, qui font une guerre acharnée aux hôtes aquatiques et à la gent empennée du lac, ne lui aurait pas fait quartier.

Le soir, nous arrivämes à Philippeville pour nous coucher, et nous en repartions le lendemain au point

du jour.

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