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LE PALAIS DU BEY

en liberté contribuent encore à raviver ces poétiques souvenirs. La muraille d’une galerie intérieure est ornée de peintures grossières représentant des villes mauresques et portant le nom ambitieux de Stamboul, La Mecque, le Caire, Alger et autres villes de l'Orient ; on voit des navires fendant les flots d’un bleu de Prusse foncé, des barques à la voile tendue, maïs ni barques ni vaisseaux ne portent un homme, car la religion de l'Islam en défend la représentation. Ces fresques sont horribles et ressemblent à ces dessins dont les enfants précoces, gribouillant des bonshommes, salissent leurs livres et leurs cahiers.

On raconte qu’Achmet, voulant orner de peintures les murs de sa galerie, chercha vainement dans Constantine un artiste arabe, maure ou juif capable de satisfaire son désir. N’en trouvant pas, il eut l’idée lumineuse de confier cet important travail à un prisonnier français, cordonnier de profession, lui promettant la liberté s’il réussissait, la mort s’il n’obéissait pas à ses ordres. Le pauvre cordonnier, qui de sa vie n’avait touché un pinceau, essaya vainement de décliner un honneur dont il se jugeait indigne. |

« Tu es un vil menteur, lui dit le bey, tous les Français savent peindre, on me l’a dit; obéis, ou je te fais trancher la tête. »

Tout tremblant, le cordonnier se mit à l’œuvre, et du laborieux enfantement de son cerveau sortirent ces fresques bizarres, impossibles, qui barbouillent les

murs, dont les soubassements sont garnis de belles faiences peintes et d’encadrements de cèdre découpé. Le pauvre homme n’était pas sans inquiétude sur les improvisations de son pinceau, car il n'avait pas de modèles ; et il attendait, dans les angoisses de la peur, la visite du bey. Il vint. parut émerveillé, et tint parole. Le peintre improvisé était libre, et, rentré dans son harem. Achmet disait à ses familiers :

« Ce chien de chrétien voulait me tromper, je savais bien que tous les Français étaient peintres. »

L'aide de camp du général nous fit voir les chambres qui servaient de harem au bey Achmet. Elles sont peu spacieuses, basses de plafond, assombries encore par des plantes grimpantes qui jettent leur ombre sur les étroites fenètres. La salle où dansaient les femmes devant leur maître est aujourd’hui un salon orné de drapeaux, d'armes, d'instruments de musique pris sur les Arabes, et qui forment tout à l’entour de pittoresques panoplies. Par une belle nuit du mois de juin, assis sur un des balcons du palais, nous entendions dans le lointain cette sublime et lamentable plainte du quatrième acte du l'rouvère, soupirée par une musique militaire. La brise qui nous apportait les notes mélodieuses s’embaumait au passage en agitant les branches des orangers des Jardins, et ajoutait encore à la poésie de cette heure charmante.

Le général, pendant notre séjour, donna un bal dans ses beaux salons; la salle à manger, où l’on dansait

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