‹ Kabyles et KroumirsChapitre 32 sur 159 · LES RUES, LES BAZARS · texte numérisé non relu

LES RUES, LES BAZARS

ment plus originales. Ici la rue est pleine de bruit : ce sont des forgerons battant l’enclume, et dont la boutique, grande comme une serviette, contient cependant une forge, un soufflet des plus primitifs, une enclume et un outillage assez peu compliqué; les spécimens de son travail sont étalés sur la devanture de la boutique,

LIEN TTL ROUES

dans laquelle il est entoncé jusqu’à mi-corps. Plus loin, ce sont les cordonniers, corporation nombreuse à Constantine; une chose incroyable, c’est l'énorme quantité de babouches, de souliers, de bottes qui se fabriquent pour ce peuple qui marche presque toujours pieds nus. Les boutiques de cordonniers sont un peu plus vastes et contiennent des soupentes ou travaillent les jeunes

apprentis. A la devanture de chaque cordonnier est

appendue une cage d’osier où chante un rossignol; devant lui, un vase où trempe une fleur. C’est sa poésie, une chanson et un parfum.

Dans une petite rue voûtée et sombre comme un souterrain sont établis les tailleurs de vêtements. C'est merveilleux de les voir coudre ou broder avec une agilité que rien n'arrête ni ne dérange; il y en avait un surtout, qui occupait quatre ouvriers, et devant lequel nous nous arrêtions toujours en allant à notre café

maure. Ïl avait en main des vestes charmantes, de cou:

leurs claires, toutes agrémentées de passementeries qui rehaussaient encore la grâce et le ton de l’étoffe. Un jour surtout, il travaillait à une veste bleu turquoise, brodée en noir, avéc un mince filet d'argent qui suivait

les méandres capricieux de la broderie. Ce devait être

le manby maure de l'endroit. Parlerai-je des tisseurs qui font courir leur agile navette à travers la trame de l’étoffe tendue sur un petit métier des plus simples? des fileurs, des cordiers, des orfèvres qui fabriquent ces bi- Joux creux en argent ou en or repoussé, bracelets de bras ou de pieds, colliers, pendants d'oreilles, qui ont plus d'apparence que de grâce véritable ? A l’entrée de la rue des Orfèvres, on voit, les jours de marché, le samedi, je crois, des négresses accroupies, gardant, immobiles comme des sphinx, des trésors étalés devant elles sur des papiers. Nous voulûmes savoir ce que c'était que ces verroteries, et nous fûmes convaincus que ces petites pierres étaient des diamants, des saphirs, des

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