‹ Kabyles et KroumirsChapitre 34 sur 159 · LA CHUTE DU RUMMEL — LE TOMBEAU DE PRECILIUS · texte numérisé non relu

LA CHUTE DU RUMMEL — LE TOMBEAU DE PRECILIUS

Le temps nous pressait, et nous voulions, avant notre départ, visiter, le jour même, la chute du Rummel. Il nous fallut de nouveau traverser toute la ville et sortir par la porte Vallée. Puis nous commencâmes à descendre, en côtoyant le rocher qui semble grandir à mesure qu’on l'approche. Ce chemin est des plus difficiles, mais, comme il abrège d’une heure au moins la descente, il est très fréquenté. A mi-côte, nous passâmes devant une grotte taillée dans le flanc du rocher, et où l’on a, depuis quelques années à peine, découvert des salles souterraines, ornées de mosaïques, et des chambres funéraires entourées de sépulcres. L'une de ces chambres, plus ornée que les autres, serait le tom-

beau d’un M. Precilius, Marcus ou Munatius, peu importe, banquier romain, célèbre dans son temps, et qui s'était fait creuser sa dernière demeure deson vivant. Une inscription, que je n’ai pas lue, expliquerait très bien la chose; mais la légende de ce manieur d’argent d’une époque si éloignée de nous, que nous a bredouillée la gardienne de ce monument, ne me parut pas plus intéressante. que- ne: le sera, dans cinq cents ans d’ici, celle de messieurs les rois de la finance de nos Jours.

Nous continuons notre route; après avoir traversé plusieurs prises d’eau qui alimentent des moulins, nous arrivons dans le lit du Rummel; mais le torrent faisait relâche : il était à sec, ct nous ne vîmes que les trois étages superposés de rochers de cent pieds chacun, d’où s’élancent les cascades, lorsque le Rummel sort en bouillonnant d’un antre noir où il s’est perdu quelque cent mètres plus haut.

Nous partons demain dès le point du jour, et il nous reste cependant bien des choses à voir à Constantine. Il nous faut visiter encore la mosquée principale, une des plus .belles que j'aie vues en Algérie, dont le minaret élégant domine de cent pieds les masures:qui l'entourent ; à l’intérieur, nous admirons ses culonnes de marbre rose, ses arceaux mauresques surbaissés et ses carreaux de.faience peinte qui garnissent les murs. Au centre, le minbar, espèce de chaire peinte grossièrement en.rouge et bleu, où monte l’iman pour

Page 1