DE CONSTANTINE A SÉTIF — LE MARCHÉ ARABE LES VISITÉS DE DIEU
De Constantine à Sétif, 1l y a deux routes, l’une par Milah, qui est très variée, très pittoresque, couverte de ruines romaines, attestant les restes d’un établissement important ; l’autre, qui n’est qu’une immense plaine, aride, nue, brûlée par le soleil, et qui n’a qu’une, particularité assez singulière, c’est que sur un parcours de quatre-vingt-dix kilomètres on ne rencontre que trois arbres; à ces arbres, maigres oasis de ce désert en miniature, sont pendus de nombreux chiffons, loques de burnous, effilochures de turbans, attachés aux branches en témoignage de la reconnaissance du pauvre piéton qui, assis à leur omibre, a goûté quelques instants de repos. C’est cette route,
assez rapidement parcourue par une bonne diligence, que nous dûmes prendre, à notre grand regret. Un commencement d’agitation qui se manifestait dans la ville de Milah et dans les tribus qui l’avoisinent ne permit pas à M. le général D... de nous laisser parcourir l’autre. A cinq heures du soir, nous arrivions à Sétif, l’ancienne Sitiphis des Romains et la métropole de cette partie de la Mauritanie, qui approvisionnait Rome et toute l'Italie de ses grains. Aujourd’hui encore Sétif est appelé le pays du blé, et lorsque la charrue à la Dombasle aura défoncé profondément ces terrains, que l’Arabe nonchalant égratigne à peine du soc de sa charrue primitive, ce pays deviendra le grenier d’abondance de la France et de l’Algérie. Pour obtenir ce résultat, il faudrait déposséder les Arabes et créer des fermes avec des Européens. Quelques milliers de Français donneraient à tout ce pays, facilement irrigable, une immense valeur.
Sétif, détruite par les Vandales, réédifiée par Bélisaire, fut de nouveau renversée par les Arabes, lors de leur invasion. Elle n'avait jamais été entièrement reconstruite lorsque, en 1838, le général Galbois s’empara du pays. Des restes de fortifications très solides, une tour qui se dressait, encore imposante dans sa ruine, dénoncèrent le séjour des Romains, et comme
1. Pour donner une idée de la fertilité de ce sol bien aménagé, un colon, M. Mangiavachi, a récolté et vendu pour 80,000 francs de blé de l’année 1865.