L'HOSPITALITÉ ARABE
trouver que des villages. Sur un signe, un spahi galopait en avant et allait demander l’hospitalité pour quelques heures.
Tout en avançant, nous admirions le vaste emplucement que couvrait le douar. Devant chaque tente, les
chevaux étaient au piquet, attachés par un pied; les
troupeaux, rentrés du pâturage à cause de la chaleur, étaient parqués dans l’espace vide laissé entre elles. Au centre se dressait une tente, bif el char, « maison de poil », comme l’appellent les Arabes, d’un tissu plus fin et de couleurs plus vives; son sommet est décoré
d’une boule ou d’un bouquet de plumes d’autruche, insignes du commandement. Elle nous paraît avoir six à sept mètres de haut sur soixante pas de longueur; des mâts croisés la soutiennent au milieu et à ses extrémités, et des câbles rattachés à des piquets la maintiennent en équilibre. On ne peut mieux s’en faire une idée qu’en se représentant un bateau la coque en l'air; cette comparaison ne m’appartient pas, et je l’emprunte à Salluste, qui raconte que les habitations des Numides (Mapalia), allongées et surmontées d’une couverture cintrée, ressemblent à la carène d’un vaisseau. C’est la tente du cheikh, c’est-à-dire du chef du douar. Plusieurs douars réunis forment une ferka, ou tribu, commandée par un kaïd.
Notre spahi revient bientôt nous inviter, au nom du cheikh, à accepter son hospitalité. Nous consentons sans nous faire prier, et, arrivés à l'entrée des maisons de poil, nous mettons pied à terre. Une nuée de chiens hargneux, au poil fauve, à la queue fournie, aux oreilles courtes sur une tête plate et à museau pointu, de vrais chacals, nous reçoivent en hurlant. Les spahis les chassent à coups de pied. Bientôt vient à nous un homme dont l'air grave, dont la démarche solennelle, dont la barbe grisonnante, dans cet entourage de tentes primitives, au milieu de cette nature fauve, nous rappellent involontairement les patriarches de la Bible. Ses jambes, couleur de bronze florentin, sont nues: ses pieds traînent des sabats, babouches très échan-