‹ Kabyles et KroumirsChapitre 44 sur 159 · LE CHEIKH EL-BELEB · texte numérisé non relu

LE CHEIKH EL-BELEB

crées ; le haïk, entouré d’une corde brune en poil de chameau, enveloppe sa tête en découvrant ses tempes rasées. Une chemise de coton à manches courtes, agrémentée d’une bande de soie rouge et de houppettes de même couleur, flotte sur son corps et descend jusqu’aux chevilles ; le chapelet à gros grains du marabout entoure son cou. Un burnous de laine blanche, un peu jauni par les intempéries, est rejeté d’un côté sur l’épaule et laisse libres les mouvements du bras droit. Ce vêtement tombe en plis amples de l’autre épaule et donne à ce vieillard une tournure digne et fière, d’un grand style !.

Il s'approche et nous salue d’un affectueux selamalek (le salut soit sur toi). Je fais appel à tout ce que je sais d’arabe et je le salue à mon tour d’un selamoualeikoum. Il me tend sa main, qu'il porte ensuite à son cœur et à ses lèvres, et j’imite son mouvement. M..., qui sait un peu plus d’arabe, entame une série de compliments.

« Ouach alek? » (Comment vas-tu ?) « Ouach enta, baba ? » (Comment toi, père ?) répond le cheikh; et les poignées de main sont échangées, avec les souhaits d'usage : « Que Dieu augmente ton bien! — Que Dieu allonge ta vie! — Que Dieu grandisse ta considération, favorise tes projets! — Que ton matin soit heureux! » etc.

1. L’Arabe nomade, et pour lui donner son vrai nom, le Numide, a conservé les mœurs, le costume des fils d’Ismail, chassé du pays de Sour par Abraham. Quatre mille ans ont passé sur ce peuple pasteur et guerrier sans le modifier.

Le cheikh, une fois les politesses épuisées, nous invite à entrer dans la tente et nous fait asseoir sur des nattes et des coussins que les serviteurs se hâtent d'étendre. La conversation languit, car nous sommes au bout de notre arabe, et M... s’évertue à suppléer aux paroles par le geste, quand les mots ne viennent pas. Le cheikh le regarde gravement, mais n’a pas l'air de comprendre sa pantomime. Moi, pendant ce temps, j'examine l’intérieur de la tente, où règne un désordre pittoresque de caisses, de harnais, de djelils (housses de chevaux), d'armes suspendues, et, bien qu’il n’y ait aucun meuble, l’aspect en est sévère et riche tout à la fois : elle est partagée dans sa longueur par un rideau de soie brochée qui sépare l'appartement des femmes de celui du chef. Le bas de cette tente est relevé sur des piquets à hauteur d’un mètre environ, et par ces ouvertures entre une vive lumière qui se reflète sur les selles de velours, sur les brides brodées d’or ou de soie, sur les djelils de couleurs éclatantes ; au milieu, unemiddah avec une aiguière en cuivre doré d’une forme charmante ; en face de moi un grand coffre de Tunis, à fond doré, est peint de fleurs férocement nuancées de bleu, de rouge, de vert. Ce coffre renferme l'argent, les bijoux des femmes, les vêtements et les armes de prix, les titres de famille qui attestent l'ancienneté de la noblesse, et aussi les livres de prières qui ont appartenu aux ancètres, marabouts dont la koubba s'élève

non loin du douar, sur la colline.

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