‹ Kabyles et KroumirsChapitre 47 sur 159 · UNE FAMILLE ARABE LEL · texte numérisé non relu

UNE FAMILLE ARABE LEL

taient à chaque pas; elle suivait péniblement, sous le soleil ardent, les pieds blancs de poussière, le maître qui se prélassait à cheval.

Telle est la triste condition de la femme arabe pauvre. C’est une esclave chargée des plus rudes corvées, vivant toujours sous la tente ou dans un gourbi, où elle

peut à peine se tenir debout; c’est dans cette tanière sans meubles, où un trou à feu remplace la cheminée, que naît, vit et meurt la pauvre créature qui sera la compagne de l'Arabe. Dans cette étroite cabane, plantée au pied d’un arbre entouré d’une haïe de nopals ou de figuiers de Barbarie, elle se livre, dès l’aube, aux travaux les plus pénibles : elle trait la vache ou les brebis, elle agite le lait (alib) pour le faire aigrir, et alors, sous le nom de leben, il devient la boisson habituelle; elle prend soin du cheval, le panse, le selle quand le maître veut sortir; elle va à la fontaine, souvent à une grandé distance, remplir la peau de bouc (guerba). A l’intérieur elle rapièce les vêtements, prépare les peaux pour les outres où se conserve le beurre, puis elle tourne la lourde meule qui écrase le grain, pétrit les galettes et les met au four; elle tisse les étoffes de laine ou de poil; enfin, elle élève, elle nourrit les enfants, toujours si nombreux. Pendant ce temps, le maître, qui méprise le travail manuel, court la fantasia ou jouit au soleil des douceurs du farniente. Eh bien! la pauvre femme trouve le temps de suffire à tous ces travaux, et ne se plaint pas de son sort. Est-ce parce qu’elle est résignée, ou parce qu'elle n’en connaît pas un meilleur? Je ne saurais le dire, mais telle est la triste vérité et je n’ai rien exagéré. Cependant il est des femmes plus heureuses : je n'ai esquissé là, à grands traits, que l’existence de la femme du peuple. La femme des chefs,

des hommes de grande tente, passe sa vie à sc peindre.

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