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CHAPITRE XIII

LA KABYLIE — ORIGINES BERBÈRES — KEBAILES LA PIERRE DE THUGGA — INVASIONS — LES PHÉNICIENS LES COLONIES ROMAINES — TACFARINAS LES RUINES— LES VANDALES— GENSÉRIC—BÉLISAIRE LES ARABES —— LES TURCS

Nous voici donc en Kabylie; nous n'avons vu qu’un seul village et quelques-uns de ses habitants, mais déjà nous avons pu reconnaître une autre race. Dans ce massif de montagnes, coupé en deux par le Djurjura, et qui s'étend de Bougie à l'Oued-Isser, vit un peuple qui n'est pas le peuple arabe; 1l n’en a ni les mœurs, ni le caractère, ni les coutumes; 1l a son cachet original. C'est le Kabyle, qui a su conserver son indépendance depuis des siècles, sans se laisser entamer ou démolir par les civilisations qui l’ont côtoyé. Toute l'énergie du peuple arabe, qui a dominé le plus longtemps dans ces

contrées, s’est brisée contre ces volontés inflexibles, tout son génie a échoué devant cette inertie; il n’a pu ni les soumettre, ni leur imposer son langage; seule la religion musulmane a pénétré dans la société kabyle par l’entremise des marabouts.

Quelle est donc cette population qui porte avec fierté le nom de kebaïle, dont nous avons fait kabyle ? Est-ce un peuple autochtone qui, de temps immémorial, établi dans ces montagnes, n’a jamais mêlé son sang à celui des peuples quil’environnaient ? Est-ce un mélange de toutes les races qui ont dominé en Afrique et dont, à chaque nouvelle invasion, les débris se sont réfugiés sur les pics inaccessibles ? C’est là une question bien ardue, bien controversée, et qu’il convient d’examiner très rapidement. |

Lorsqu'on veut étudier les institutions, les mœurs d'une nation, il est utile de remonter à sa naissance pour y retrouver ct y saisir la trace d’usages quelquefois aussi anciens qu’elle. Mais lorsque son origne est obscure, inconnue, parce que les monuments, la tradition, font défaut, c’est en suivant ses usages dans les siècles antérieurs, c’est en les comparant, en constatant leur analogie, qu’on parvient à retrouver son berceau.

Ce peuple, qui habite les régions montagneuses comprises entre Dellys, Aumale, Sétif ct Bougie d’un côté, Tizzi-ou-Zou et Fort-National de l’autre, est, nous

l'avons dit, entièrement distinct de la race arabe. Il

LES KÉBAILES, ORIGINES 129

s'appelait autrefois Berbère, et depuis l’invasion arabe il porte le nom de Kebaïle. Le nom de Berbère, dont les Romains ont fait le mot Barbares, était une qualification donnée par les Égyptiens à tous ceux qui ne parlaient pas leur langue, et les hommes qui portaient ce nom étaient peut-être les anciens Libyens, descendants du Laabim de la Genèse. Quant au nom de Berbère, que l’on retrouve dans les plus vieux monuments de l'Asie méridionale, du sud de l'Égypte et de l'extrême Orient, quelques auteurs le font remonter à Ber, fils de Tamla, fils de Mazig, dont parlent les récits mosaïstes ". Libyens et Berbères ont donc une origine commune, et, sortis du centre de l'Asie, comme tous les peuples de la Genèse, ils sont descendus par l'Égypte sur le continent africain, suivant les côtes de la mer de Roum, ou Méditerranée, éparpillant leurs tribus dans les plaines que côtoie cette mer et les versants de l'Atlas. C’est une erreur de penser que ce peuple soit autochtone, c’està-dire né sur le sol oùilest placé. Il est bien plus croyable que son berceau est l'Orient; mais il s’est implanté en Afrique dès les temps les plus reculés, et nous en trouvons la preuve dans la découverte faite au dix-septième siècle par un voyageur. François d’Arcos, en fouillant, en 1631, les ruines de l’ancienne Thugga, trouvait une pierre sur laquelle étaient gravées deux

1. Cette explication, que nous empruntons au savant ouvrage de M. Pascal Duprat, Races anciennes et modernes, est, de toutes les opinions émises par les auteurs, celle qui nous satisfait le plus. u

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inscriptions, l’une de sept lignes, en langue phénicienne, l’autre en regard, de sept lignes aussi, mais composée de caractères inconnus.

Il fut impossible de déchiffrer ces hiéroglyphes. Lors de l’occupation française en Afrique, la pioche des colons et des soldats fit découvrir, dans la province

‘de Constañtine, de nombreuses inscriptions phéni-

ciennes, latines et d’autres dont l'écriture offrait une complète analogie avec les caractères de l'inscription de Thugga. La comparaison de ces écritures fournit le commencement d’un alphabet, et, en 1844, M. le capitaine Boissonnet acquérait la certitude que ces caractères mystérieux et inconnus, jusqu'alors, de la pierre de Thugga, n'étaient autres que la langue berbère. C'est donc une langue mère, un de ces idiomes que les peuples bégayent à leur enfance, ne s'appliquant qu’aux besoins de la vie physique; et la preuve, c’est que les mots se rapportant aux facultés intellectuelles ou morales de l'homme manquent dans la langue kabyle ou sont empruntés à la langue arabe. Les mots abstraits manquent complètement. L’alphabet berbère est perdu aujourd’hui et le berberia ne s'écrit qu'avec des caractères arabes. Il n'existe ni manuscrit ni livre dans cette langue, que parlent cependant, sur toute la surface de l'Algérie ou du Maroc, plusieurs millions d'individus, mais avec des altérations diverses provenant du commerce avec les peuples qui ont tour à tour dominé en Afrique. Ces divers dialectes de la langue

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