RUINES ROMAINES
sur le territoire des Beni-bou-Bekeur, on retrouve des remparts, des fontaines encore très bien conservées, des colonnes surmontées d'inscriptions, aujourd’hui illisibles, en un mot, des traces non équivoques d’une installation sinon complète, au moins durable, et les deux peuples, tout en s’observant avec méfiance, tout en vivant sous des lois différentes, ont été, par suite du voisinage, des besoins mutuels, en rapport constant, mais sans fusion de races, sans mélange de nationalité.
Beaucoup de mots toutefois de la langue latine sont restés dans l’idiome kabyle avec de légères altérations. Nous en citerons quelques-uns seulement : ainsi les mots «tagmonte el Karouch », la montagne des Chênes, dérivent évidemment de mons et de quercus; « harbea », herbe, de kerba; « oulmo », orme, d’ulmus ; « arora », aurore, d’aurora; enfin, « anguelos » ; ange, d'angelus.
Mais ce vaste empire fondé en Afrique, qui s’étendait sur toute la côte comprise entre l’ancienne Cyrénaïque et l'Océan, devait crouler au cinquième siècle, sous le torrent des hordes vandales. En 428, le comte Boniface, gouverneur de l'Afrique, ayant encouru la disgrâce de Placidie, mère de Valentinien III, et voulant s'en venger, appelle Genséric, qui envahit la Mauritanie'; la Numidie a bientôt le même sort. Comme une trombe qui brise et renverse tout sur son passage,
1. En 435, Valentinien fut obligé de signer avec Genséric un traité de paix.
Genséric, dans l’intérêt de sa sûreté, sema de ruines le pays envahi par ses armées, et sur leurs débris fonda son nouvel empire, dont Carthage devint la capitale. Mais ce fut la perte des Vandales : amollis par le climat, séduits par cette nature énervante et voluptueuse, ils furent impuissants, au sein de leurs villes dépourvues de défense, à arrêter les nouveaux envahisseurs. En effet, les empereurs de Byzance, qui rêvaient de relever l'empire d'Occident, écrasé sous le pied des races germaniques, et de reconstituer la puissance romaine alors déchue, avaient envoyé une flotte et une armée à la conquête de cette Afrique toujours envahie. En 536, Bélisaire aborde à Caput Vada, s'empare de Carthage, extermine les Vandales et leur roi Gélimer à la journée de Tricarémon, et, passant par les monts Aurès, pousse jusqu’à Sitiphis, Sétif. Ce ne fut qu’une occupation toute militaire; les Byzantins ne fondèrent aucune colonie; tout au plus réussirent-ils à se maintenir dans les villes du littoral! Cette nouvelle invasion avait pénétré en Afrique, imposant aux races soumises la religion chrétienne, qui fit aux vainqueurs plus de prosélytes que leurs armes n’avaient amené de soumissions. Mais ces peuples ignorants se jetèrent dans le schisme des donatistes et embrassèrent l’hérésie des circoncellions', peut-être en haine de la domination étrangère. L'histoire n’a pas conservé le détail des faits, et nous en sommes réduits aux conjectures ; mais ce qui