INVASIONS DES ARABES
est resté dans les mœurs et les usages kabyles du christianisme qui jadis illumina l’Afrique septentrionale, c'est l’esprit de charité, de fraternité qui domine dans leurs lois, dans leurs mœurs. Ce qui ressort de l’ensemble des circonstances, c’est que les Berbères, souvent vaincus, jamais soumis, n’eurent d’autre souci que de combattre leurs maîtres et de se joindre aux nouveaux conquérants, afin de chasser les anciens. C'est là le rôle constant des Kabyles. Quand les Vandales se ruent sur l'Afrique, ils ont pour auxiliaires ardents, acharnés, les Berbères, qui espèrent, dans le renversement du pouvoir romain, retrouver les débris de leur vieille indépendance; ils ne tardent pas à se tourner contre leurs alliés de la veille, qui veulent les dominer à leur tour, et, par des attaques continuelles, ils parviennent à reconquérir une partie du paysenvahi. Puis, quand les Byzantins arrivent, les Berbères, fidèles à leurs habitudes, vont tendre la main aux envahisseurs et leur demander leur amitié, jusqu’à ce qu’une nouvelle invasion les jette dans la révolte et les fasse s'associer à une réaction contre les anciens dominateurs.
Au septième siècle, un peuple ardent, belliqueux, apparaissait en Afrique et jusque sur les plateaux de l'Atlas. Partis des rives de l’Yémen, les Arabes, convertis par Mohamed, leur prophète, à la foi de l'Islam, se répandirent dans la Perse, l'Égypte, la Syrie, et pénétrèrent dans l'Afrique septentrionale sous la conduite d’Amrou-ben-Abas, un des lieutenants d'Omar. Bien-
tôt la faible domination romaine en Afrique s’effaçait à jamais. La lutte s'établit alors entre les nouveaux conquérants et les Berbères, avec des alternatives de succès et de revers. La résistance des montagnards fut longue, opiniâtre et si énergique que les Arabes ont conservé à la Kabylie le surnom de Æl-Adoua, « la terre ennemie ». Toute la force, toute la tactique des Arabes, vinrent se briser contre les efforts de ce petit peuple sauvage, qui défendait son solinviolé jusqu'alors. Cernés de tous côtés par cette invasion, qui des plaines escaladait les montagnes, accablés sous le nombre, les Berbères se soumettaient en apparence, mais sans accepter de ces nouveaux maîtres leurs mœurs, leurs lois ou leur langue. Seule la religion de l'Islam s’imposait à eux. Refoulés sur les sommets du Djurjura, réduits à l’extrême misère, à la merci du vainqueur, ils n'avaient d'autre ressource, pour échapper à sa fureur, que d’embrasser cette religion nouvelle qui servait de drapeau à l'invasion. Ils acceptèrent le Koran, et c'est à ce moment que le nom de Kabyles leur est donné. Les Berbères soumis, l'Afrique appartenait aux Arabes.
Sept siècles plus tard, les Turcs ou Osmanlis, descendants des anciens Scythes, abandonnaient l'Asie du nord, leur patrie, sous les ordres d'Osman, portaient
1. Kebail viendrait alors du mot arabe kabel, a il a accepté ». Je trouve cette explication dans l'ouvrage de M. le général Daumas, l4 Grande Kabylie; mais je crois plus vraie celle qui fait dériver le mot kebail, de kbila, « confédération ». Leur gouvernement est une démocratie fédérative.