‹ Kabyles et KroumirsChapitre 56 sur 159 · FÉDÉRATIONS KABYLES · texte numérisé non relu

FÉDÉRATIONS KABYLES

sèrent de payer un impôt régulier aux conquérants, et n’obéirent qu’à des lois particulières, formées de traditions d’usages locaux, et qui aujourd’hui encore subsistent et portent le même nom de Kanoun. Ce mot, dérivé du grec, canon, règle de l’Église, indique l’origine chrétienne de cette législation toute paternelle.

Ce petit peuple, défendant pied à pied son indépendance, se laissant refouler sur les sommets de ses montagnes, résistant à ces mélanges de races qui eussent peu à peu effacé sa vivace individualité, n’a pas changé d’aspect depuis deux mille ans. Simples, austères, sauvages, ne comprenant pas les besoins que crée la civilisation, ces montagnards ont repoussé toutes les tentatives faites pour les rendre sociables.

Salluste a tracé un portrait des Berbères qu'il a pu voir, et ce portrait, à quelques siècles de distance, est encore ressemblant. « Race d'hommes, dit-il, de constitution robuste et saine, rapides, résistant aux fatigues, ne cédant qu’au poids de la vieillesse ou à la dent des bêtes féroces, ne se laissant abattre que par le fer de leur ennemi. » Procope complète cette esquisse : « Ils couchent sur la terre, écrit-il, et n’ont, en toute saison, qu'un habit grossier, une tunique faite de poil, dont ils s’enveloppent. Ils ne connaissent ni le pain ni le vin; l'orge et le froment suffisent à les nourrir. »

D: toute cette multitude de peuples qui ont semé

l'Afrique de leurs débris, il ne reste aujourd’hui que les Arabes, les Turcs, les Coulouglis ou Arabes-Turcs, et les Maures; mais ils ont perdu leur énergie, leur caractère, dans ce mélange, dans cette fusion de leurs races : seuls, les Berbères ont vu passer comme un fleuve torrentueux toutes ces révolutions qui ont tour à tour bouleversé l’Afrique du nord, ct, sans être entraïnés par elles, sont restés libres et forts : établis au pied de l’Atlas depuis plus de deux mille cinq cents ans, ces rudes Libyens, comme Îles appelaient les Romains, ont conservé la virilité d’un peuple que la servitude ou la civilisation n’ont jamais amolli.

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