On nomme aussi djema le lieu où se réunit l’assemblée
LES DJEMAAS KABYLES 149.
byles, se terminent souvent par la guerre civile, et la minorité en appelle alors aux armes pour faire triompher son opinion.
La djemaa est aussi un tribunal qui punit les délinquants, prononce des peines, jamais la mort, quel que soit le crime commis'. Le Kabyle, dans sa passion de
liberté, a banni de ses lois l’emprisonnement, ainsi que
la bastonnade qu’il considère comme avilissante, et qui est encore usitée chez les Turcs et les Arabes.
Le pouvoir exécutif est confié à un magistrat, du nom d'amin, espèce de maire, nommé pour une année par le suffrage universel de la djemaa. C'est lui qui
1. Nous verrons cependant une exception pour la trahison, qui est punie de lapidation.
réunit le conseil, qui propose les projets de règlements, qui administre la commune, qui ajourne les délinquants, et qui perçoit, aidé d’un receveur nommé femen, les amendes prononcées. Après l'exposé du fait qui a motivé la poursuite, si le délit est minime, c'est Pamin qui prononce lui-même l’amende fixée d'avance par les statuts ou kanoun. Le condamné a toujours le droit d’en appeler à la djemaa, qui juge en dernier ressort ’. |
Chaque village a un amin*. Tous les amins de la même tribu nomment, à l'élection, un amin des amins (amin el oumena), à qui le trésor des amendes est confié. Cet argent sert à pourvoir aux besoins de la confédération, au soulagement des pauvres, à l'entretien des mosquées et des djemaa. Enfin, en cas de guerre, il est employé à acheter de la poudre, qui est distribuée entre les plus pauvres de la tribu ; l’amin des amins est alors Je chef de la petite armée composée des contingents de chaque village que commande l’amin.
Tandis que le Koran proclame la peine du talion. dent pour dent, œil pour œil, la loi kabyle, plus humaine, se borne à exiler pour jamais le coupable d’un crime, le meurtrier, par exemple, à raser sa maison, à confisquer son bien au profit de la communauté. Mais la famille de la victime a le droit de venger lc meurtre; c'est mème un devoir. L'opinion le lui com-
r. Voir les Kebaïles du Djerjera, par M. Devaux. 2. On prononce amine.