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LES PORTES DE FER

au-dessus de nos têtes, sur les hauteurs, s’étalent des villages pittoresques, et dans les plis du terrain se développe une nature luxuriante d’orangers, de citronniers et d'oliviers séculaires. Ces villages, que notre muletier désigne sous les noms de Faredje et Ouled-Rached, sont, ainsi que Bou-Kteun que nous avons quitté il y a quelques heures, dans une position ardue, mais excellente pour une défense, couverts d’un côté par le fossé profond que creuse en ravin l’oued Bou-Kteun, et défendus en arrière par des crêtes inaccessibles.

La descente du Cheragraz, que nous suivons pour atteindre le lit de la rivière, l’oued Bou-Kteun, est courte, mais affreusement rapide et bordée de précipices dont les pentes sont à peu près verticales. Nos mulets côtoient le bord de l’abîme à donner le vertige; mais il faut se fier à eux et ne pas essayer de les guider: ce serait vouloir risquer un accident, très rare lorsqu’on se fie à leur prudence ; le mieux serait de fermer les yeux, mais une invincible curiosité les tient ouverts devant le magique spectacle de ces bouleversements de la nature. Enfin nous sommes en bas, et nous franchissons la rivière à son confluent avec l’oued Mallah et l’oued Biban. A partir de ce confluent, le lit du ruisseau, formé de calcaire marneux, contient sur ses berges et dans ses eaux des sels de magnésie en si grande quantité, que les rives sont couvertes d’efflorescences cristailisées, et les eaux sont imprégnées d’une saveur saline si marquée, qu’il est impossible de les boire. Aussi

l’armée qui, en octobre 1830, traversa les Portes de Fer, Biban, sous la conduite du duc d'Orléans, et fit la conquête de tout ce pays, si facile à défendre, sans brûler une amorce, avait-elle, empruntant l'expression arabe, donné à cette longue vallée le nom de Bled-el- Ateuch, le pays de la soif.

Après deux heures de marche dans la vallée, le pays se rétrécit, et bientôt nous voyons se dresser devant nous des murailles gigantesques formées par des roches rouges, dentelées, et dont les crêtes ardues déchirent le bleu du ciel de leurs silhouettes fantastiques. Nous gravissons un sentier à pic. et après plusieurs ascensions alternées de descentes, nous nous trouvons au milieu de rochers que dominent de tous côtés des escarpements coupés de murailles transversales, semblables aux portants de coulisses d’un immense théâtre. Ces murailles sont produites par la destruction des parties marneuses qui composaient le rocher, laissant à nu l’ossature calcaire.

Du haut du sentier où nous sommes, ce chaos de rochers est effrayant, et paraît infranchissable. Nous descendons péniblement dans le lit du torrent, et à chaque pas l'aspect devient plus terrible. Les sommets des masses granitiques se rapprochent, surplombent de façon à intercepter le jour. Les stratifications deviennent plus marquées, ce sont de vrais murs perpendiculaires au lit que s’est creusé le torrent dans la roche, distants de vingt à trente mètres, et d’une élévation de

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