‹ Kabyles et KroumirsChapitre 76 sur 159 · L'OASIS DE SI-EL-HADJ-KADDOUR · texte numérisé non relu

L'OASIS DE SI-EL-HADJ-KADDOUR

puis, dans un lointain vaporeux, une immense chaîne de rochers, aux crêtes dentelées, s’élève sur le massif verdoyant des montagnes : c’est la Grande Kabylie.

A gauche, et sur les premiers plans du tableau, au sommet de crêtes mamelonnées, des villages entourés de jardins qui font partie de la tribu des Beni-Mansour, et au-dessous, une vallée de dix kilomètres qui n’est qu’un immense verger d’oliviers.

C'est dans cette vallée que la petite armée qui avait traversé les Bibans sans coup férir, alors qu'il eût été si facile de défendre les défilés, livrait quelques combats heureux aux Kabyles, commandés par le bey de Sébaou. Rentré à Alger, le jeune fils de France recevait des mains de ses soldats une palme cueillie aux Portes de Fer, et qu’il emportait en France, comme un souvenir glorieux de cette campagne.

La nuit tombait lorsque nous arrivâmes au bordj, établi sur une hauteur qui domine les quatre villages des Beni-Mansour, et qui en porte le nom. On nomme bord) des maisons fortifiées que le gouvernement a fait établir dans l’intérieur du pays pour servir de résidence, soit au chef du bureau arabe, à l’agha ou khalifa de la tribu.

Le bordj des Beni-Mansour, vaste bâtiment quadrangulaire avec des pavillons saillants aux angles, dresse sa masse imposante sur un monticule qui do-

1. J'ai lu dans le Journal du duc d'Orléans, livre fort rare, le récit touchant des adieux des soldats à leur jeune chef, et de la remise de cette palme.

mine l’immense vallée de l’oued Sahel et de l’oued Bou-Sellam; les murs, peu élevés, sont percés de meurtrières et entourés d’un fossé de quelques mètres pour en rendre l’accès moins facile. Une porte ferrée complète la défense. Nous demandons l’hospitalité au chef du bureau arabe, M. Ruy.…., un charmant officier, qui nous fit, avec ses collègues commandant le détachement, le plus cordial accueil. Des touristes qui apportent des nouvelles et la distraction de nouveaux visages, sont toujours les bienvenus. Un souper improvisé à la hâte, offert avec bonne grâce et simplicité, dégusté avec l'appétit de gens qui ont fait vingt lieues à cheval, nous eut bien vite mis en connaissance et presque en intimité. M. Ruy... nous donna sur l’organisation des bureaux arabes des aperçus dont nous étions bien loin de nous douter.

Le bureau arabe, nous disait-il, est l'intermédiaire obligé des rapports entre les indigènes et les Européens. Dans le principe, les fonctions des chefs de ces bureaux consistaient à renseigner les généraux sur le nombre et la position de l’ennemi, sur l’état du pays à occuper; puis si les chefs indigènes demandaient la paix, c’étaient eux qui concluaient les traités. Lorsque des contingents arabes se mirent à notre service ct formèrent des goums, les officiers des bureaux arabes en eurent le commandement, et souvent à eux revint l'honneur de marcher à l'avant-garde et de préparer la

victoire. Ils eurent encore à surveiller l'administration

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