‹ Kabyles et KroumirsChapitre 77 sur 159 · BORDJ DES BENI-MANSOUR · texte numérisé non relu

BORDJ DES BENI-MANSOUR

des chefs indigènes investis de commandements dans leur pays. |

Aujourd’hui, leurs fonctions sont bien plus nombreuses et plus délicates : ils surveillent la population indigène, contrôlent l’administration du chef arabe, agha ou khalifa, recoivent les plaintes verbales, renvoient les parties devant le cadi si l’affaire est judiciaire, devant le conseil de guerre, après enquête, s’il s’agit d’un crime, devant une commission disciplinaire s’il s’agit d’un délit. Dans les autres cas, le chef du bureau arabe juge lui-même, sans suivre d’autre guide que la droiture de son caractère, d’autre loi que la justice, en mettant, autant que possible, la coutume du pays en harmonie avec l'esprit de nos codes. Le bureau arabe vérifie les décisions des cadis et de leurs assesseurs, assure la sécurité des routes et, par son arrivée inattendue sur les marchés de sa circonscription, surveille l'honnêteté des transactions.

On voit par ce rapide exposé quelles sont les fonctions multiples des chefs de bureaux arabes. Loin de passer leur temps dans le désœuvrement, ces jeunes officiers sont voués à une existence active, sérieuse ; et l’on peut juger de la somme de connaissances nécessaires, en dehors de celles de la profession, pour gouverner les tribus confiées à leur commandement. Ainsi il leur faut savoir à fond la langue arabe, les lois musulmanes ; la comptabilité relative aux travaux publics; les procédés de culture européenne, afin d’y inciter les

indigènes et les pousser ainsi dans la voie du progrès ; surveiller la religion, l'instruction publique; enfin connaître la topographie du pays, ainsi que les mœurs et les dispositions de ceux qui l’habitent. Un chef de bureau arabe, honnête, intègre, impartial, saura faire aimer et respecter notre gouvernement, en nous attachant un peuple qui, encore aujourd’hui, résiste à tous nos efforts d’assimilation et de sérieuse colonisation. Nous visitèmes avec ces messieurs un des villages des Beni-Mansour, et comme à Bou-Kteun nous retrouvâmes même malpropreté, même enchevêtrement de ruelles étroites. Devant chaque maison s’élèvent une meule et un pressoir à huile ; le mécanisme en est des plus primitifs. Au centre d’une cuvette en maçonnerie, un arbre mobile, garni d’une pointe en fer qui pivote dans une charnière, s'emmanche à l’autre extrémité dans une perche horizontale soutenue par des poteaux de la hauteur de l'arbre. Une meule, fixée à l’arbrepivot par un essicu de bois, tourne dans la cuvette, écrasant, broyant les olives qui y sont entassées. Elle est mise en mouvement par un manège que tourne un âne ou un mulet. Dans toute la Kabylie c’est le même système imparfait. Cependant, dans le cercle de Drael-Mizan, les machines françaises ont été adoptées par les Kabyles qui en reconnaissent la supériorité. Depuis deux ans, plus de dix usines se sont élevées dans ce cercle et y prospèrent; le rendement et la qualité ont

augmenté dans une notable proportion. Les autres

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