‹ Kabyles et KroumirsChapitre 89 sur 159 · LES VILLAGES DES BENI-ABBÈS · texte numérisé non relu

LES VILLAGES DES BENI-ABBÈS

dans toutes ces contrées, non pour les asservir, mais pour les rendre amies. Notre guide nous désigne les villages où se fit la résistance la plus sérieuse, et dans les sentiers ardus qui y conduisent je crois voir nos chasseurs d'Orléans, comme on nommait alors les chasseurs à pied, marcher sous le feu plongeant des maisons kabyles, aborder le village et s’en emparer. Je vois les deux hameaux qui précèdent Azrou et je me souviens de ce brave 3° léger, montant à l’assaut d’un pas égal, l’arme au bras, comme à la parade, sans répondre à la fusillade. On me montre deux tours ruinées qui dominaient le pays et que les Kabyles appelaient les Cornes du Taureau, et, toutes démantelées qu’elles sont, je les revois debout, faisant feu de toutes leurs ouvertures crénelées sut nos zouaves qui grimpent, en s’aidant des pieds et des mains, tandis que nos boulets, passant par-dessus leurs têtes, vont ouvrir de larges brèches dans les flancs de ces postes avancés. Tous ces sentiers, toutes ces pentes solitaires étaient couverts de Kabyles fuyant leurs demeures incendiées. Le moyen a été violent, mais il a réussi. Aujourd’hui, la Kabylie, confiante, tranquille, ne songe plus à se soulever.

Ce fut une belle expédition que celle de 1847, qui donna une idée de notre puissance, de notre force et aussi de notre clémence aux Kabyles'. Plusieurs vil-

1. « Nous avions bien appris, disait un chef, que c'était folie de vous résister, tant votre puissance est grande : aujourd’hui, nous l’avons vu; notre œil est satisfait. »

lages furent incendiés, mais Azrou fut épargné, car, au moment où il allait être pris, un chef kabyle se présenta devant le maréchal Bugeaud entouré de son état-major, demandant l’aman pour lui et ceux du village, et pour tous les autres chefs.

L'entretien qui s’établit alors entre lui et le maréchal, que le général Daumas a conservé, est curieux et digne d’être rapporté.

« Je viens te demander l’aman pour moi et les miens.

— Qui est-tu ?

— L'un des chefs des Beni-Abbès ; hier, je les excitais au combat; c'est moi qui, plus vivement qu'aucun autre, ai repoussé les paroles de ton khalifa Mokrani. Tout ce que J'ai fait, je l'avoue. Maintenant, tu nous as vaincus, et, aussi franchement que je t'ai combattu, je viens te dire : Nous sommes prèts à t'obéir; veux-tu nous accorder l’aman

— Tu l'auras si tu te soumets à nos conditions.

— Nous sommes dans ta main; fais d’abord cesser la poursuite ct l’incendie; après, ordonne ce qu'il te plaira, nous l'exécuterons.

— Je ne veux pas traiter séparément avec chacune des fractions de la tribu ; il faut que toutes viennent à la fois ; alors Je rappellerai mes soldats.

— Retire-les de suite; moi, je parle au nom de tous les chefs; demain soir je les amènerai tous à ton camp.

— Pourquoi seulement demain soir :

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