LES MOKRANI -— SI-EL=HADJ-AHMED-EL-MOKRANI BACH=AGHA DE LA MEDJANA
Kalaa, auquel nous disons adieu à regret, car on aimerait à passer ses jours dans cette ville blanche, tranquille, dominant vingt villages qui s’éparpillent sur les sommets d’alentour, Kalaa, dis-je, oy du moins deux des faubourgs qui la composent, Ouled-Yaya-ben- Daoud et Ouled-Aïssa, sont la propriété de la famille des Mokrani; presque toutes les maisons leur appartiennent ; la casbah a été construite, au siècle dernier, par un Amokran, leur ancêtre, et la mosquée, plus récente, est l’œuvre du Mokrani qui se déclara pour la France lorsqu'elle chassa les Turcs de l’Algérie, alors que son concurrent, Abd-el-Selem, prenait parti pour Abd-el-Kader. C’est ce Mokrani qui, en 1839, après la
rupture du traité de la Tafna, a tenu dans l’obéissance la Kabylie, avec la seule force de ses contingents. C’est lui qui fit couper la tête à un insurgé kabyle, Bou- Chouba, et l’envoya au gouverneur, à Alger; c'est lui qui combattait aux Portes-de-Fer, dans les Béni-Mansour, aux côtés du duc d'Orléans; c’est lui, enfin, qui pendant vingt-cinq ans a servi la France avec une fidélité pleine de noblesse et de désintéressement.
Cette famille des Mokrani est la plus grande et l’une des plus ‘anciennes de l’Algérie. J’ose ajouter, malgré la triste défection de son chef, en 1871, aux heures sombres de la défaite, que cette famille est illustre. Son origine se perd dans un lointain plein de brume; les Kabyles, ce peuple de démocrates, sont tout fiers de dire que cette race, qui les domine depuis des siècles, a une origine royale. Une légende les rattache aux Montmorency, dont, lors des croisades, un des membres embrassa l’islamisme. Et de fait, sur les djélil (couvertures de chevaux), on voit encore, brodés aux angles, des semblants de blason; mais les Mokrani prétendent descendre de la grande famille des Beni-Abbas. Ce qui est certain, c’est qu’ils étaient, dès le xv° siècle, les maîtres dans la Medjana, qu'ils y cultivaient, à l’aide de nombreux serviteurs, d'immenses propriétés, et que les beys de Constantine eux-mêmes devaient payer un droit de passage lorsqu'ils traversaient leurs terres.
Ce territoire, sur lequel vit tout un peuple de Kam-