ORIGINE DES MOKRANI
mès, s'étend sur plus de cent mille hectares cultivés en prairies, bois, terres à blé, vergers où croissent les arbres fruitiers d'Europe, mêlés aux oliviers, aux bananiers et autres arbres exotiques.
Aujourd’hui, cette magnifique terre est aux mains des colons alsaciens-lorrains. Après le séquestre de tous les biens de la famille des Mokrani, des villages nombreux ont été créés par les soins de la société d'Haussonville, des centres de population se sont implantés dans ces vastes solitudes, et ces immenses prairies que fauche maintenant le colon français ne sont plus parcourues et égayées par le galop et les hennissements joyeux des folles juments, une des principales richesses du bachagha.
J'ai beaucoup connu Si-el-Hadj-Ahmed-el-Mokrani, le dernier des bach-agha de la Medjana. J'ai passé, en 1867, près de deux mois sous la tente, au milieu de cette nature luxuriante, et ce n’est pas sans émotion que j'en consigne ici le souvenir.
La cour d'Alger, dont j'avais l'honneur d’être membre, me confia, à cette époque, la mission d’aller mettre la paix entre plusieurs tribus des Beni-Yadel et du Hodna, qui, depuis de longues années, se disputalent la possession d'immenses territoires situés sur les rives de l’oued Medjana, et qui s'étendaient jusqu’au pied des montagnes du Hodna. De nombreuses transactions avaient eu lieu; grâce à l'influence des kaïds et des khalifats, les cadis avaient prononcé des
centaines de sentences qui devaient mettre fin à toutes les compétitions; mais, à chaque nouvelle génération, des plaintes s'étaient formulées contre les empiétements de voisins ambitieux, des rixes avaient eu lieu; des bornes plantées sur les limites de deux héritages s'étaient, un beau jour et comme par miracle, trouvées transportées au milieu des champs. De là des revendications, des menaces quelquefois suivies d'exécution. La poudre avait parlé, et tout était à recommencer.
Avec des gens aussi entêtés dans leurs droits, aussi tourbes dans la facon de les exposer, aussi astucieux que ces Kabyles, c'était une mission sinon périlleuse, au moins délicate que j'avais à remplir, et si quelquefois l’un des plaideurs les plus farouches me menaçait, si je m'approchais de ses terres, de me tenir à distance à coups de fusil, je dois dire qu'en faisant immédiatement acte de fermeté, et en me présentant le jour même, souvent après une course considérable, sur le bien litigicux, je n'ai jamais Cu à m'en repentir : au lieu de la résistance que j'attendais, au licu de violences vis-à-vis de mes géomètres triangulateurs chargés de la besogne, je n'ai trouvé que la soumission à mes ordres et la sécurité pour la petite compagnie que j'avais avec moi, ct cependant nous n'avions pour nous protéger que deux spahis des bureaux arabes qui me servaient plutôt de guides que de garde prétorienne.
Je partais donc d'Alger, un jour du mois de mai 1867, avec Àl. Bou-Kandoura, l'assesseur musulman de la