LE FILS D'EL-HADJ-MOKRANI
en descend et me tend sa petite main potelée. J'avais bien envie de l’embrasser, cette main, mais il me pré-
vint, et c'est sur la mienne qu’il appuya ses belles lèvres rouges, puis il se rangea à mes côtés.
A ce moment, le groupe des cavaliers arrivait, et le plus âgé, se nommant à mon interprète, me présentait
la famille du bacha-agha : c'était son frère aîné, Bou= Renan, vieillard à barbe blanche, Bou-Mezrag, son: autre frère, enfin le plus jeune, Si-Bouzid, et bien d’autres dont j'ai oublié les noms.
Après les compliments d'usage, que Si-Boukandoura et mon interprète faisaient pour moi, car j'étais peu au fait de ces formules de politesse, qui se traduisent par des souhaits, nous nous remîmes en marche. Quelques jeunes gens de l’escorte du jeune Mokranisedétachèrent, partant en avant, entraînant mes spahis dans leurenvolement, puis, tournant bride, ils revenaient sur nous d'un galop furieux, le fusil haut, s’arrêtaient à trois pas, tous en ligne, et déchargeaient leurs armes’ dans les jambes de nos chevaux. C’était une fantasia qui commençait et dont les cavaliers du bach-agha, aux= quels s'étaient mêlés mes spahis, me faisaient honneur, comme à un personnage important.
Une heure plus tard, nous arrivions aux tentes d’El- Mokrani, qui, éparpillées dans la plaine, formaient un immense douar. Le bach-agha était debout, immobile, au devant de la plus vaste des tentes. Instruit du cérémonial par mon assesseur, nous mîmes pied à terre à vingt pas à peu près, et je m’avançai lentement. El- Mokrani, calculant la distance, fit si bien que nous nous rencontrâmes à mi-chemin; il me tendit la main, puis la porta à ses lèvres, et moi je lui embrassai l'épaule droite sur son burnous blanc et parfumé. Nous entrâmes alors sous la tente assez sombre que couvraient d’im-