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LA DANSE DES NÈGRES

seurs, et ils sautent ainsi en cadence, battant du pied la terre dure, ruisselants de sueur, jusqu’à ce qu’ils tombent de fatigue et de soif. C’est leur manière à ces pauvres gens de s'amuser.

Quelle grande et belle vie que celle de ces seigneurs féodaux de nos possessions africaines! A cheval dès le matin, visitant leurs fermes, leurs villages, donnant leurs ordres à leurs kaïds, recevant l'impôt perçu par ceux-ci, menant de front le gouvernement de leur fortune et celui de la politique, ayant dans la main toute une population soumise, prête à se lever au moindre signal, on comprend qu’ils soient quelquefois tentés de secouer le joug, cependant bien léger, du représentant de la France dans le pays ; oui, mais il répugne à un riche seigneur féodal d’obéir aux injonctions d’un chet de bureau arabe, souvent un jeune capitaine qui ne sait pas garder la mesure, qui parle d’un ton arrogant ; ils ne sont pas tous faciles à vivre, il faut le reconnaître, ces préfets à épaulettes et à éperons, et j'en ai connu un, Justement dans cette tournée de la Medjana, qui à plusieurs reprises a tenté de faire échouer ma mission, par un sentiment de jalousie que je ne saurais comprendre, en me suscitant des difficultés, en me tendant des pièges, qu’il savait à merveille dissimuler sous des semblants d'amitié et des offres de service. M. le capitaine X..., qui, du reste, a joué un double rôle si singulier pendant l'insurrection de la Medjana en 1871, restera dans mon souvenir comme un homme astucieux,

en s * , r

264 KABYÉÉS.ET KROUMIRS dé qui voulait entrées l’action de la justice, alors que les bureaux arabes-avaient été impuissants à mener à bien cette opération si délicate d'imposer la paix entre des tribus ennemies, tout en faisant des mécontents dans tous les camps. | |

Le bach-agha El-Hadj-Mokrani a sacrifié sa fortüne, l'avenir de toute sa famille, de ses enfants, à cet espoir enraciné dans le cœur de tous les indigènes de nous jeter à la mer et de reconquérir leur indépendance. Il s'est cru le maître de l’heure, « Moul-el-Sâa, le sultan victorieux, massacrant les infidèles, les exterminant jusqu'au dernier et reconstituant, sur leurs os blanchis au soleil, les fils de l'Islam affranchis de la sacrilège domination des chrétiens. » |

Voilà les considérations générales qui l’ont entraîné dans cette pitoyable aventure. A celles-là on pourrait en ajouter d’autres, telles que l’excitation des bureaux | arabes et l'influence néfaste de cet officier dont je parlais plus haut, cet officier qui voyait, en 1871, dans le régime civil remplaçant le régime militaire, le renversement de toutes ses ambitions. Or, en présence de l'attitude hésitante du Mokrani, qui avait donné sa démission de bach-agha de la Medjana, puis qui l'avait retiree, quelle fut l'attitude du bureau arabe de Bordjbou-Arreridj, dontdépendait El-Mokrani ? Au lieu de le mettre en état d’arrestation, ce qui eût coupé court à toute tentative de révolte, on l’a laissé en liberté, on l’a flatté! Dix ans se sont passés depuis ces événements et

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CAUSES DE LA DÉFECTION D'EL-MOKRANI 265 je pourrais les juger avec calme; mais, dans un livre comme celui que j'écris, je ne veux ni ne peux faire de la politique; je dirai seulement, et j’en suis sûr, qu’on poussa le bach-agha de la Medjana à la révolte et qu’il eut encore, ce fils d’une famille si longtemps dévouée à la France, la loyauté d’avertir ses ennemis qu'il se révolterait, mais qu'en adversaire loyal il attendrait la fin de la guerre avec la Prusse ; on devine, dans ces paroles, l’instigation d’un ennemi qui reste derrière le rideau.

« Je ne veux pas être l'agent d'un gouvernement civil, » écrit-il en envoyant pour la seconde fois sa démission ; et en même temps il expédie un mandat de huit cents francs, montant de l’arriéré de son traitement de bach-agha, disant qu’il refusait l’argent de ceux qu'il allait combattre , et ce n’est que lorsque cette démission est refusée qu'il lève l’étendard de la révolte. C'est là une loyale attitude dont il faut tenir compte au Mokrani, mais qui ne suffit pas à racheter les cruautés commises en son nom, ordonnées par lui.

Une fois la guerre déclarée à la France, il écrivit à tous les chefs arabes, et le prestige de son nom, de sa famille, lui conquit en quelques jours de nombreux adhérents.

Suivi de ses frères. de ses cousins, on vit alors le bach-

1. Voyant, au bas d’une pièce officielle, le nom de M. Crémieux : « Si ma position dans le pays, s'écria-t-il, doit dépendre d’un juif, j'y renonce; j’accepterai tout d'un homme de sabre, dût-il m'en frapper. »

agha parcourir à cheval les villages de son commandement, déployant le drapeau du Prophète, et appelant à lui tous les Kabyles, depuis les Beni-Yala jusqu’aux Beni-Kalfoun. Près d’un village des Meddour-Maakta, devant une nombreuse assemblée, on vit un Kabyle jeter devant le Mokrani un semblant de drapeau tricolore attaché à une hampe grossière, et ce bach-agha, qui devait tout à la France, son titre, sa fortune, sa grandeur, fouler aux pieds de son cheval ce drapeau qui l'avait abrité de son ombre protectrice et que quarante années de victoires auraient dû lui apprendre à respecter.

Bientôt toute la Kabylie était soulevée, à l'exception du Ferdjoua où commandait le vénérable et fidèle Bou- Akkas; il sut contenir ces populations remuantes, agitées d’un souffle de rébellion qui gagnait de proche en proche, et mérita bien de sa nouvelle patrie. Aux désastres épouvantables de la France s’ajoutèrent les massacres de Bordj-bou-Arrcerid}, les dévastations de toutes les exploitations françaises isolées dans les pays insurgés; des villages florissants furent détruits, leurs habitants massacrés, les femmes, les enfants emmenés comme otages dans les montagnes.

A ce moment, les troupes enlevées à l'Algérie pour la guerre de France n’étaient pas revenues ; elles étaient restées sur les champs de bataille ou internées en Allemagne; quelques bataillons de mobiles, de mobilisés,

de garde nationale seuls purent être opposés à cette

EL-HADJeMOKRANI PRÊCHE LA GUERRE .

DE Dee — , on

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