L'INSURRECTION DE
trombe de Kabyles qui se ruait sur le pays : l'Algérie sembla, un moment, à jamais perdue pour la France; mais le danger même si imminent surexcita tous les courages. Les atrocités commises sur les habitants de Bordjbou-Arreridj, de Palestro soulevèrent tous les cœurs, et un premier succès, remporté à l’Alma par une colonne volante commandée par un officier intrépide, le colonel Fourchault, rasséréna les âmes des plus timides.
L'histoire de cette insurrection n’est pas faite encore, et ce n’est pas ici le lieu d’en retracer les cruelles péripéties; je n’en veux raconter qu’un épisode, le massacre du bord) par lequel débuta le Mokrani révolté. Il avait envoyé au commandant de la place sa déclaration de guerre et il annonçait le jour où il conduirait ses bandes à l’assaut ; il y vint et commanda en personne. Ce qu’il voulait, surtout, c'était détruire cette forteresse, implantée au milieu de ses terres, menace incessante contre son pouvoir; mais il est débordé par ses Kabyles qui incendient les maisons, pénètrent dans la ville et tuent tout ce qui leur résiste. La petite garnison et le peu d’habitants échappés à la tuerie durent se réfugier dans le fort. Le Mokrani tente l'assaut à deux reprises et couvre de ses morts le terrain qui entoure le bordj; les murs de pierres résistent aux fascines entassées; il emploie un moyen plus cruel: il met en tas les cadavres des habitants, des Kabyles, et les laisse là exposés aux ardeurs du soleil, dans l'espoir de propager la peste ct
d'amener ainsi la reddition de la garnison. Enfin de nombreux contingents, commandés par Si-Bouzid, le plus jeune frère des Mokrani, entourent à distance la place, afin de la réduire par la famine, pendant que le bach-agha court à d’autres exploits.
Nous venons de voir le prologue de cette insurrection sous laquelle l'Algérie paraissait devoir succomber. En voici le sombre épilogue, la mort d’El-Mokrani. Lui mort, en effet, les Kabyles se dispersèrent et la révolte, sous le commandement de Bou-Mezrag, fut bientôt vaincue.
C'était le 5 mai; le général Cerès, à la tête d’une petite armée de mobiles, de mobilisés et quelques compagnies de zouaves, protégeait Aumale et Dra-el-Mizan contre les attaques des Sanhadjas, lorsqu'il apprend que le Mokrani, parti de Bouira, s’avance à sa rencontre; plus de quatre mille Kabyles le suivent et engagent bientôt un feu nourri contre la colonne en marche, dans un terrain des plus difficiles. Mais la vaillante petite troupe ne se laisse pas effrayer par les attaques de flanc n1 par les cris des Kabyles; elle marche toujours et peut enfin se déployer sur un terrain plus uni. Quelques feux d'artillerie bien dirigés font tourbillonner cette masse toujours croissante et la mitraille y jette le désordre. Au milieu d’eux flotte un drapeau, c’est celui d'El-Mokrani, et bientôt il paraît à pied, armé d’un flissà, ramenant au combat sa troupe hésitante; on
entend sa voix, appelant ses compagnons, les excitant